La Révolution de l’imaginaire

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Par Georges Gondinet pour Totalité n°12, été 1981.

 L’œuvre de John Ronald Reuel Tolkien a suscité, dans les pays industrialisés, un nombre remarquable d’enthousiasmes. L’importance de ces derniers n’a plus besoin, depuis longtemps, de démonstration : elle se constate. Tolkien a certainement dépassé le chiffre incroyable de cinquante millions de lecteurs dans le monde entier. Traduite en plus d’une dizaine de langues, de l’Extrême-Orient à l’Amérique latine, souvent publiée sous forme de livres de poche, son œuvre gagne un public de plus en plus étendu(1). Son cas littéraire, nous explique Marco Tarchi, « dépasse-les dimensions horizontales de la génération, impliquant enfants et adultes, et les dimensions verticales de la classe ou de la profession, touchant les étudiants, les ménagères, les professions libérales, les employés ». Cet engouement prodigieux a bien sûr été accompagné d’une commercialisation particulièrement efficace et, devons-nous ajouter, rentable. Dans un pays extrêmement apte à récupérer et soumettre aux lois du marketing et du profit les événements culturels (nous voulons évidemment parler des États-Unis), le « mythe » Tolkien a donné naissance à des calendriers, des badges, des cartes postales et même des tee-shirts(2). Comme le souligne pertinemment le critique italien Servadio, il ne manque que « les foulards de soie et les cravates Tolkien ».

Pourtant, cette utilisation mercantile d’une œuvre riche en potentialités ne doit pas laisser place au soupçon. En effet, d’une part, le contenu des livres de ce délicieux conteur a reçu, en France tout du moins (et le présent dossier de Totalité voudrait commencer à combler cette lacune), peu de commentaires véritablement attentifs et enrichissants(3). Or, seule une lecture clairvoyante et débarrassée de certains préjugés peut permettre d’appréhender le monde créé par Tolkien comme porteur d’une vision traditionnelle du monde : toute interprétation « profane » ou conformiste d’un livre aussi puissant que Le Seigneur des Anneaux relève du détournement de texte et de l’obscurantisme rationaliste(4). D’autre part, s’il n’est pas nécessaire d’être un marginal pour lire Tolkien, il faut reconnaître que l’audience du Seigneur des Anneaux ne saurait s’expliquer sans les événements de mai 1968, les désillusions profondes de certains révoltés. Incontestablement, la perte de crédibilité du marxisme-léninisme a donné de fervents lecteurs à celui que l’on a appelé « le Seigneur des Légendes ». Du reste, si le lecteur ordinaire s’amuse en prenant connaissance des aventures de Bilbon et de Frodon, seuls les rebelles et les désespérés savent y trouver la capacité d’affirmation d’un monde différent, d’un univers excluant les pseudovaleurs de la société de consommation. Plus qu’un divertissement, ils en tirent une émotion réelle :

 « Déçus par les contradictions du progrès, jeunes de droite et de gauche, anarchistes de toute couleur, contestataires, y trouvent une profonde aspiration idéale au changement, à la construction d’un monde différent. » Marco Tarchi.

Ainsi, la condition préalable pour recevoir le message tient dans le refus radical de la réalité dans laquelle nous vivons, la volonté de s’évader de la réalité officielle. Cette remarque explique le succès spectaculaire que Tolkien rencontre au sein de la droite radicale italienne, laquelle a déjà produit des interprétations originales et provoqué un mouvement culturel fructueux(5).

« On peut même admettre que certains auteurs aient seulement voulu “faire de l’art”, et y soient parvenus, si bien que leurs productions semblent donner raison à ceux qui ne connaissent et n’admettent que le point de vue esthétique. Cela n’empêche cependant pas qu’en cherchant ainsi “à ne faire que de l’art”, et dans la mesure même où ils ont obéi à un élan spontané, c’est-à-dire à un processus imaginatif incontrôlé, ils aient aussi fait autre chose, qu’ils aient conservé ou transmis, ou fait agir, un contenu supérieur que l’œil expérimenté saura toujours reconnaître et dont certains auteurs seraient les premiers à s’étonner, s’il leur était clairement indiqué. » Julius Evola.

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Forgé jadis par Sauron de Mordor, Seigneur des Ténèbres, l’Anneau de Puissance doit lui permettre de dominer les possesseurs des autres anneaux magiques, d’imposer au monde sa loi :

« Trois Anneaux pour les Rois Elfes sous le ciel,
Sept pour les Seigneurs Nains dans leurs demeures de pierre,
Neuf pour les Hommes Mortels destinés au trépas,
Un pour le Seigneur des Ténèbres sur son sombre trône
Dans le Pays de Mordor où s’étendent les Ombres
Un Anneau pour les gouverner tous, un Anneau pour les trouver,
Un Anneau pour les ramener tous et dans les ténèbres les lier
Au Pays de Mordor où s’étendent les Ombres. »

Mais l’Anneau Unique a disparu. Un Hobbit, Bilbon Sacquet, l’a retrouvé, emporté chez lui et confié à son cousin et fils adoptif Frodon. Ainsi commence l’une des œuvres les plus puissantes du siècle, Le Seigneur des Anneaux. La suite de la première partie, « La Communauté de l’Anneau », nous narre la décision que prend Frodon de quitter la Comté, sa patrie, pour faire échec à Sauron. Car si ce dernier s’empare à nouveau de l’Anneau, le règne de l’Ombre s’étendra partout à jamais. À travers des périls sans nom, menacés par les Cavaliers Noirs de Sauron, Frodon et ses compagnons parviennent, avec l’aide d’Aragorn le Rôdeur d’Eriador, à la Maison d’Elrond, à Fondcombe. Lors du grand Conseil d’Elrond, il est décidé de tenter la destruction de l’Anneau. Frodon se voit nommé Porteur de l’Anneau. Sa mission consiste à parvenir, coûte que coûte, à la Montagne de feu, en Mordor (pays de l’Ennemi), seul lieu où l’Anneau maléfique peut être anéanti. Il ne voyagera pas seul. Font partie de la Communauté de l’Anneau: Aragorn et Boromir, fils du Seigneur de Gondor, représentants les hommes ; Legolas fils du Roi des Elfes, pour les Elfes ; Gimli fils de Gloin du Mont Solitaire, pour les Nains ; Frodon avec son serviteur Samsagace et ses deux jeunes cousins Meriadoc et Peregrin, pour les Hobbits ; enfin, Gandalf le Gris(6). Mais après bien des aventures et un séjour dans le merveilleux pays elfique de la Lorien(7), la communauté est obligée de se diviser.

Bannière du Rohan, royaume mêlant caractères celte, germain et médiévaux.

Bannière du Rohan, royaume mêlant caractères celte, germain et médiévaux.

Notre intention n’étant pas de déflorer l’histoire du Seigneur des Anneaux mais bien plutôt d’inciter nos lecteurs à s’en délecter, nous nous contenterons de résumer, très brièvement et très imparfaitement, les deux autres volumes de cette trilogie incomparable. Ainsi la deuxième partie, « Les Deux Tours », raconte le sort de chacun des membres de la communauté après sa division jusqu’à l’arrivée de la grande Obscurité et au début de la Guerre de l’Anneau. Batailles et péripéties multiples la jalonnent. La troisième partie, intitulée « Le Retour du Roi », rapporte les stratégies opposées de Gandalf et de Sauron jusqu’à la catastrophe ultime et la fin de la grande Obscurité.

Bien entendu, seule la lecture peut faire comprendre la densité, la richesse et l’impact psychologique d’une telle œuvre. Le but du présent article n’est pas de commenter ou de résumer la trahison de Boromir, la victoire des Cavaliers de Rohan sur les immondes Orques, l’enchantement de la Forêt de Fangorn et de ses Ents ou d’autres épisodes passionnants du Seigneur des Anneaux. De même, nous ne pouvons peindre en quelques touches des personnages aussi étonnants que Gollum ou Saroumane.

Nous ne pouvons pas non plus faire une lecture traditionnelle exhaustive. Limitons nous donc à quelques remarques, afin de montrer les emprunts remarquables que Tolkien a su faire aux sagas scandinaves aussi bien qu’au monde médiéval. Pour nous en tenir à quelques noms, il convient de dire que le nom de Numenor est typiquement celtique (Numenor est une île située à l’ouest de la Terre du Milieu, une sorte d’Atlantide) et que celui de Gandalf, entre autres, se retrouve dans l’Edda. L’érudition de Tolkien l’a également conduit à donner à Aragorn les caractères externes de Wotan (la chevelure noire, le manteau obscur, etc.). De même, le cheval Shadofax rappelle les deux chevaux magiques Skinfaxi et Hrimfaxi. Parmi d’autres lectures, celle des Nibelungen a dû l’inspirer pour le thème de l’anneau8. Une étude attentive du Seigneur des Anneaux enseigne combien Tolkien, en philologue averti et médiéviste chevronné, a su puiser aux meilleures sources : Beowulf, Queste du Graal, Odyssée, Chanson de Roland (on a souligné que la mort de Boromir doit beaucoup à cette dernière), etc. Bien d’autres motifs justifient une lecture traditionnelle de ce chef-d’œuvre. Qu’il nous suffise de citer encore le symbolisme de l’épée brisée(9). Tolkien a certainement eu connaissance de mythes traditionnels comme celui des « quatre âges » et les quatre races qui vivent dans la Terre du Milieu, Hommes, Nains, Elfes et Hobbits (ces derniers étant une pure invention de Tolkien), rappellent étrangement les quatre castes de l’Inde, celles du Japon shintoïste ou du Moyen Age catholique.

Dans Le Seigneur des Anneaux, comme le constatent avec pertinence Gianfranco de Turris et Sebastiano Fusco :

« la magie, c’est-à-dire le contrôle direct des forces naturelles et surnaturelles, est chose commune ; la nature possède une vie autonome, souvent raisonnable ; les États sont tous des Monarchies ; la chevalerie et l’honneur sont l’éthique dominante; il n’est pas rare de trouver quelques mythes traditionnels, qui […] nonobstant l’intention consciente de l’auteur, peuvent être interprétés à la lumière du symbolisme : l’Ile Blanche, les Rois Thaumaturges, l’Épée Brisée, partiellement aussi le Voyage Initiatique. En outre, toute l’œuvre est fondée sur un concept on ne peut plus significatif : la rencontre entre les forces lumineuses et les forces obscures, entre le Bien (la terre de Numenor, le Véritable Occident) et le Mal (la terre de Mordor) »(10).

La lutte entre Sauron, qui veut étendre le royaume de l’Ombre et s’approprier l’Anneau qui lui confèrera la toute puissance, et les quatre races alliées, donne l’occasion à Tolkien d’appeler à une sorte de guerre sainte, de jihad. En effet, là où la quantité prévaut sur la qualité, où le droit légitime au pouvoir se distingue de la possession du pouvoir, où les êtres obéissent à leurs chefs non par libre choix mais par conformisme ou crainte, les hommes de Dieu doivent se soulever et combattre. Alors, même un Hobbit comme Frodon, habitué à une vie tranquille, sans problèmes – « home, sweet home » ! – peut recevoir une mission d’une importance fatale, qui lui demande de se dépasser, de rejeter le harnais des habitudes paisibles pour s’engager dans l’inconnu. Le vrai Moi se réveille, tue le Moi commun. Telle pourrait être l’une des leçons principales du Seigneur des Anneaux : Il faut dépasser le Hobbit qui est en nous.

Alan Lee - Edoras et Chateau d'or (2)

Edoras, la capitale du Rohan

FANTASTIQUE ET ALTERNATIVE AU SYSTÈME

« L’apparition des fables recommence au moment où finit l’empire de ces vérités réelles ou convenues qui prête un reste d’âme au mécanisme usé de la civilisation. Voilà ce qui a rendu le fantastique si populaire en France depuis quelques années, et ce qui en fait la seule littérature essentielle de l’âge de décadence ou de transition où nous sommes parvenus. » Charles Nodier.

Les quelques considérations que nous avons développées précédemment nous donnent l’occasion d’élargir notre sujet et de poser les questions suivantes : pourquoi devons-nous recourir au fantastique ? Pourquoi en appeler à une révolution de l’imaginaire ?

Tout d’abord, interrogeons-nous sur la définition du fantastique. Un Lovecraft le fait reposer sur le sentiment de la peur. Un Roger Caillois estime, quant à lui, qu’il consiste en tout ce qui s’éloigne de la reproduction photographique du réel. D’autres pensent qu’une situation fantastique se crée quand des hommes habitant le monde réel se trouvent soudain placés en présence de l’inexplicable. En fait, c’est en remontant à l’étymologie que le mot « fantastique » prend tout son sens et se charge de potentialités positives. Il dérive du grec phantasia, qui a également donné, en français, fantaisie. Et il s’agit bien de fantaisie – ou d’imagination –, créativité libre, non soumise aux schémas habituels. La fantaisie – ou l’imagination – est cette aptitude à créer de nouvelles images ou à faire de nouvelles combinaisons d’images.

Cette dernière remarque n’a pas que l’innocence de l’évidence. Car il faut savoir que les sociétés actuelles, de type libéral ou marxiste, pêchent par un défaut d’imagination absolument terrifiant. Elles ont banni toute créativité supérieure et relégué les mythes au magasin d’accessoires, libéraux et communistes adoptent une pensée où nulle fantaisie n’est autorisée à prendre place. C’est dire que, dans le monde moderne, toute une partie de l’esprit humain se sent frustrée, diminuée : l’imagination. En détruisant les mythes qui structuraient les sociétés organiques et hiérarchisées et en leur substituant des caricatures vite déconsidérées, le progressisme a tendu à rejeter, en la qualifiant d’infantile, toute fantaisie, pour mieux enchaîner l’homme à une réalité empoisonnée, pour mieux faire croire que l’horizon de la société de consommation (variante libérale du progressisme) ou de la société sans classes (variante collectiviste) est indépassable.

C’est donc le premier point qu’il faut avoir en vue : le monde moderne, en banalisant ou déformant un certain nombre de mythes traditionnels, a tout simplement fermé à double tour les portes du sacré et d’une conception supérieure de la vie que seule la fantaisie peut rouvrir. Et la boulimie de science-fiction ou de fantastique dont font preuve aussi bien les citoyens des sociétés communistes (en Union soviétique, on lit certainement avec plus de voracité Vingt mille lieux sous les mers de Jules Verne que les œuvres de Lénine·ou Marx) que ceux des sociétés capitalistes démontre que l’absence de vrais mythes est durement ressentie par eux. Ils essaient d’échapper au nihilisme contemporain en se transposant dans des mondes imaginaires. L’émergence et le rôle du fantastique ont du reste très bien été perçus par Charles Nodier, l’auteur de La Fée aux miettes. Nodier affirme que dans notre monde matérialiste aux mains des banquiers, des hommes politiques, des industriels et des marchands, dans ce monde raisonnable et cupide, le fantastique apporte l’espoir, la grâce des fééries sans oublier le libre arbitre de l’esprit. Le fantastique va effectivement à l’encontre du matérialisme ; il l’annule, le contrarie. Il est l’expression « inévitable des périodes extrêmes de la vie des nations et, sans elles, je sais à peine – continue Nodier – ce qui nous resterait aujourd’hui de l’instinct moral et intellectuel de la vie de l’humanité »(11). Nous ne saurions trop insister sur cette prodigieuse vertu du fantastique : il « explore l’espace du dedans; il a partie liée avec l’imagination, l’angoisse de vivre et l’espoir du salut », nous confirme Marcel Schneider, qui ajoute que c’est « la forme que revêt le sens du mystère et du sacré dans les périodes de troubles et de mysticisme »(12). Nous voici donc devant une potentialité quasiment irrésistible : l’une des tâches du traditionalisme révolutionnaire consiste à tenter de retrouver derrière la littérature fantastique un fondement traditionnel dont elle est, au pis, une déformation appelant une correction, au mieux, une approche exigeant une intensification (nous écartons ici délibérément la science-fiction, littérature le plus souvent rationaliste et scientiste, donc inextricablement tributaire et dépendante du monde bourgeois ainsi que de l’impérialisme américain). À travers le fantastique et la fantaisie, le lecteur peut être reconduit au mythique. Nous allons même jusqu’à affirmer que le fantastique constitue la seule littérature d’apparition moderne autorisant le dépassement de notre temps et la réintégration dans un monde proprement traditionnel.

The Wrath of the Ents, by Ted Nasmith

Les Ents détruisent Isengard, repaire de Saroumane le traître ; dans l’œuvre de Jackson, il y a créé et introduit des industries destructrices au détriment de la nature – végétation et forêts éradiquées, cours d’eau détournés etc. – et engendré une terrible armée de métisses, créée artificiellement, mi-orques, mi gobelins.

L’autre point que nous entendons soulever, en étroite corrélation avec ce que nous venons de dire, c’est l’impact de cette littérature, sur l’esprit de l’homme moderne. Car « le fantastique, qui se fonde sur l’irréalité du monde, donne à ceux qu’il choisit, un sens nouveau »(13). Ainsi, la lecture d’un livre comme Le Seigneur des Anneaux crée un terrain particulièrement favorable et fertile pour l’implantation d’une vision diverse du monde. Par sa nature d’univers fictif autosuffisant, l’univers inventé par Tolkien possède non seulement une force d’émotion importante, mais une puissance de mobilisation extraordinaire. À la fois parce qu’il est véritable – il contient en lui sa propre légitimité : « l’image fictive possède sa propre vérité » (Giordano Bruno) – et parce qu’il fait écho à des comportements que l’on peut repérer par exemple dans le monde féodal, comportements qui ont été progressivement niés jusqu’à disparaître officiellement, le monde des Hobbits, de Gandalf et d’Aragorn contient une « charge » émotive qui conduit tout droit à l’idée, d’alternative. Avec lui, il ne s’agit pas de fuir vers d’improbables mondes, mais·de renouer avec les origines de notre-culture, d’y recourir. En mettant en scène une qualité de la vie et des valeurs contraires à celles qui règnent aujourd’hui, Tolkien fait accéder l’esprit de son lecteur à une dimension alternative. Comme l’a fait remarquer Michele Martino, il crée ex novo une civilisation traditionnelle(14). Son lecteur acquiert une certaine sensibilité :

« le monde poétique de Tolkien, est un ensemble enraciné dans une profonde philosophie existentielle : celle du mythe, par opposition à l’incivilité de l’utopie. Son appel à une différente « qualité de la vie », à un rapport entre l’homme, la nature et là divinité qui fasse justice des préjugés matérialistes sans tomber dans la négation de l’autonomie du créé, ne peut échapper au lecteur : il le concerne et le porte à croire que, dans le monde de notre siècle, les forces du Seigneur Obscur se sont, encore une fois, étendues, menaçant ce dernier rempart de la liberté qui est en l’homme, et s’exprime dans sa relation avec la dimension des principes, du Sacré, de la loi divine transmise au monde »(15). écrit par Marco Tarchi.

Le traditionalisme révolutionnaire pourrait prouver son efficacité en transformant l’émotion suscitée en mobilisation anti-moderne. Si les conditions du marché de l’édition permettaient de faire lire Révolte contre le monde moderne d’Evola à ceux qui viennent de finir la lecture du Seigneur des Anneaux, on serait sans doute étonné par certains résultats et certaines vocations auraient lieu de se définir. Car, n’en doutons pas, si la fantaisie – au sens où l’entendait Tolkien lui-même, sens qui combine « avec son emploi le plus ancien et le plus plein comme équivalent d’Imagination des idées dérivées d’« irréalité » (c’est-à-dire de dissemblance avec le Monde Primaire), de franchise de la domination du « fait » observé, bref du fantastique »(16) –prédispose mentalement voire familiarise avec l’alternative, le traditionalisme révolutionnaire peut seul lui donner son contenu mobilisateur(17).

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Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver. Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier.

De la sorte, il n’y a rien de répréhensible à ce que Tolkien ait utilisé dans son œuvre un fort manichéisme. Les temps actuels réclament, pour l’Action, une opposition radicale entre le Bien et le Mal. En opposant Gandalf, – dont la devise pourrait tenir dans une formule évolienne : « Fais en sorte que ce sur quoi tu ne peux rien ne puisse rien sur toi » – à Sauron, Tolkien s’inscrit tout à fait dans la démarche traditionnelle qui fait écrire à Evola : « […] le monde moderne et le monde traditionnel peuvent être considérés comme deux types universels, comme deux catégories a priori de la civilisation »(18). Dans le domaine de l’Action qui est le nôtre, il ne faut avoir de cesse de condamner le monde moderne comme le Mal absolu. Nous pouvons même assurer que dans l’exacte mesure où nous criminalisons le monde moderne, nous retrouvons une légitimité infaillible. L’alternative que nous proposons au système bourgeois (lequel ne doit évidemment apparaître que comme une localisation occidentale du monde moderne) a donc tout à gagner dans l’émergence de cette sensibilité diverse que crée le fantastique ou, pour mieux dire, la fantaisie. Cette dernière, en associant à l’imagination un univers parallèle, autonome, provoque un profond désir d’autre chose, d’une autre réalité – un désir qui ne peut s’assouvir pleinement qu’aux sources de la Tradition et qui ne peut se satisfaire d’une société où l’industrialisme et le rationalisme imposent leurs lois aliénantes. C’est à nous qu’il appartient d’orienter les esprits qui réclament une autre dimension de la vie, qui, finalement, croient la découvrir dans le fantastique mais seraient heureux – soulagés, même – de la savoir réalisable. Les lecteurs les plus cohérents de Tolkien éprouvent, plus que le simple désir, la volonté et l’urgence de renoncer au monde industrialisé, qui crée les hommes à l’image de Satan. Ils veulent rompre avec le monde étouffant des machines(19), redevenir des hommes à l’image de Dieu. À nous de leur montrer les hauteurs de la Tradition et la possibilité de restaurer les valeurs traditionnelles.

En attendant, souhaitons qu’en France, comme en Italie, Le Seigneur des Anneaux soit bientôt l’un des textes fondamentaux de la droite radicale.

Georges Gondinet.

  1. En France, pays où la féérie a perdu le pouvoir depuis 1789, Tolkien a eu du mal à percer. En 1967, trente ans après la sortie de son premier livre, Bilbo le Hobbit, le père de Frodon est encore un inconnu pour le public fronçais. Une tentative a lieu en 1969, année où Bilbo paraît enfin en traduction française. Les ans passant, Tolkien à reçu une juste consécration : le Livre de Poche a, par exemple, vendu plus. de 230 000 exemplaires depuis la première édition, en 1976, du Seigneur des Anneaux.

    2. Un outre phénomène américain mérite l’attention. D’après Patricio Jaffray (« Tolkien le magicien », Livres de France n°7, mars 1980), aux élections présidentielles de 1976, les pancartes « Gandalf (= le magicien du Seigneur des Anneaux) président » côtoyaient les « Carter président ».

    3. Retenons, parmi les commentateurs les plus perspicaces : Lucien Chanteloup (« Tolkien le Hobbit », Éléments n°26, printemps 1978) ; Jean-Louis Curtis (« Le Seigneur des Légendes », préface du Seigneur des Anneaux édité par J.-J. Pauvert, 1978) ; Jacques Bergier (chap. VI d’Admirations, éditions C. Bourgois, 1970).

    4. Georges Steiner écrit ainsi dans Le Monde du 6 septembre 1973 : « Il ne faut pas oublier que l’épopée des Hobbits, des Orcs et de la guerre entre le Bien et le Mal, reflète, à l’échelle de l’imaginaire, les événements politiques des années 30 et 40. En lisant à ses intimes des épisodes successifs, Tolkien cherchait à apporter consolation et espoir dans des circonstances qui semblaient menacer l’existence du peuple anglais ».

    5. La droite radicale italienne a beaucoup emprunté à Tolkien. Elle n’hésite pas à reprendre certains noms pour baptiser ses initiatives culturelles : Eowyn (titre de la revue des jeunes filles de droite) ; Campo « Hobbit » (nom d’une réunion estivale), etc. Deux revues ont fait paraître des dossiers consacrés à Tolkien : Dimensione cosmica (n°5-6, sept. 1979) – cette revue organise aussi un prix Tolkien de littérature fantastique – et Diorama letterario (n°16). Un essai critique a récemment été édité par les Ediziani del Cerchio (via Gambalunga, 30, Rimini (FO), 80 pages, L. 3500) : Omaggio a J.R.R. Tolkien, fantasia e tradizione, par Morio Polio. Marco Tarchi, qui a beaucoup contribué par ses interventions culturelles à foire connaître Tolkien dons les milieux de la droite radicale, prépare également un essai sur ce prestigieux auteur.

    6. Gandalf rappelle Merlin et remplit un rôle sacerdotal, Aragorn incarnant le pouvoir temporel. Sur le sujet sacerdoce/royauté, voir le livre de René Guénon Autorité spirituelle et pouvoir temporel, éditions Végo, 1976.

    7. Lucien Chanteloup écrit à ce propos : « Il y a incontestablement, dans Le Seigneur des Anneaux, une nostalgie de la « pureté » raciale et une constante référence à un type « nordique » original, dont la Lothlorien serait le creuset… » (Éléments, n°33).

    8. L’anneau peut symboliser le savoir et la puissance (ex. : la légende dit que Salomon devait sa sagesse à un anneau). Mais on retrouve chez Platon une signification symbolique proche de cella qu’utilise Tolkien. Platon, dans La République (359), nous raconte comment Gygès découvrit un anneau d’or. Par hasard, en le portant au doigt, Gygès s’aperçoit que l’anneau a le pouvoir de le rendre invisible. C’est l’origine de sa fortune. Cette invisibilité que donne l’anneau, c’est le retrait du monde extérieur, la redécouverte des leçons essentielles du monde intérieur. Mais comme l’anneau peut conduire aux conquêtes mystiques, par sa perversion magique il peut aussi amener à des victoires criminelles et à la tyrannie. Ce qui advint pour Gygès. Cf. Dictionnaire des symbole, éditions Seghers, 1977.

    9. Tolkien utilise souvent le symbolisme de l’épée. L’épée possède un double aspect : destructeur (destruction qui peut s’appliquer à l’injustice, l’ignorance et la malveillance et qui devient ainsi positive); créateur ou constructeur (elle établit ou maintient la paix). C’est aussi un symbole axial, polaire : associée à la balance, elle sépare Je bien du mal et se rapporte plus spécialement .à la justice. Elle représente encore la lumière et l’éclair : la lame brille (les Croisés parlaient de l’épée comme d’un fragment de la Croix de Lumière ; l’épée sacrée japonaise dérive de l’éclair ; en Chine, le trigramme li, qui correspond au soleil, correspond aussi à l’éclair et à l’épée). Elle est en rapport avec l’eau : la trempe de l’épée entraîne un mariage de l’eau et du feu. Dans les traditions chrétiennes, Roland, Olivier, Turpin, Charlemagne, Ganelon possèdent des épées individualisées portant un nom. Parmi d’autres, retenons Joyeuse, Durandal, Hauteclaire, Corte, Brantaine, Musaguine. Dans Le Seigneur des Anneaux, les épées des héros ont aussi des noms.

    Pour de plus grands développements sur l’épée, voir Dictionnaire des symboles.

    10. G. de. Turris et S. Fuseo : « La terro sognata . », Intervento n°17, octobre-novembre 1974.

    11. C. Nodier, « Du fantastique en littérature », numéro de novembre 1830 de La Revue de Paris.

    12. M. Schneider, La littérature fantastique en France, Éditions Fayard, 1964.

    13. Ibidem.

    14. M. Martino, « Tolkien : tra fuga e speranza », Dimensione cosmica, n°5-6, septembre 1979.

    15. M. Tarchi, « Il mago di Oxford », Dimensione cosmica n° 5-6.

    16. J.R.R. Tolkien, « Du conte de fées » in Fäerie, U.G.E. 1978, p. 178.

    17. Il est sans doute illégitime de vouloir faire du Seigneur des Anneaux un manifeste idéologique ou un traité philosophique. Néanmoins, cette méprise se révèle une felix culpa dans le sens où ce livre « offre à la contestation des valeurs de la société de consommation et de celles de la société du bien-être et du profit une justification bien plus rigoureuse que celle fournie en son temps par le désormais oublié Herbert Marcuse, nous assure Franco Cardini. Et une telle justification va dans le sens d’une véritable révolte contre le monde et la culture modernes réalisée au nom du monde et de la culture traditionnels, de ces valeurs qui en Occident ont été minées par un certain courant de la pensée humaniste et par la réforme protestante pour être ensuite entièrement oblitérés par la naissance du mythe du progrès et par la révolution industrielle et leurs corollaires, les quatre grandes révolutions socio-politiques (anglaise, américaine, française, russe). Au mythe de la perfectibilité indéfinie de l’humanité, Tolkien substitue ceux de la chute et de la progressive corruption jusqu’à la rinovatio saeculi ; à celui du contrat social et de l’autodétermination individuelle, il substitue celui de la sacralité et de l’origine divine du pouvoir; à celui de la « liberté » individuelle, ceux du respect d’un ordre entendu comme extérieur et supérieur à l’individu et du solidarisme ethnique, familial et vicinal » (« Tra miti e legende », Intervento n°30).

    18. J. Evola, Révolte contre le monde moderne, Éditions de l’Homme, Montréal, 1972, p. 14.

    19. Selon Frithjof Schuon, « la machine est inhumaine et antispirituelle en soi ». Elle « tue, non seulement l’âme de l’ouvrier, mais l’âme comme telle, donc aussi celle de l’exploiteur […] ». Schuon exprime une vérité fondamentale quand il écrit que « la technique ne peut naître que dans un monde sans Dieu ». (Castes et races, éditions Paul-Derain, 1957, p. 17 et p. 20).

kinopoisk.ru

Taillé dans un défilé d’énormes falaises de pierre de part et d’autre du fleuve Anduin, à l’entrée nord de Nen Hithoel, l’Argonath représente les rois Isildur et Anárion1. Il fut bâti sous le règne du roi du Gondor Rómendacil II2 en l’an 1340 T. A., pour marquer ce qui était alors la frontière nord du Gondor. Les deux statues portent une couronne et un heaume, ainsi qu’une hache dans leur main droite, leur main gauche étant levée paume en avant dans un geste de rejet des ennemis du Gondor


Bibliothéque du militant

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Le choix d’un livre est toujours délicat. Comment intéresser sans ennuyer ? De nos jours, avec les nouvelles technologies, il est peut-être encore plus compliqué de trouver le temps de lire. Prendre un livre, le peser, le parcourir, tourner quelques pages, c’est déjà un acte. Gavé souvent par la littérature scolaire où le temps s’est arrêté sur quelques “illustres” incontournables, souvent par la contrainte et l’obligation, l’étudiant croit perdre son temps. Or, c’est par l’esprit que se forge l’âme et la volonté. Chacun doit prendre conscience de la haute culture civilisationnelle et de l’enseignement qui en découle. Je ne parle pas ici de l’érudition universaliste jacobine des institutions, mais bien au contraire de ce qui peut inspirer le militant. Comment le rendre plus fort, plus érudit, plus compétitif, plus dialecticien, plus ouvert sur les réalités de son siècle. Lire, lire, lire. Tout militant défend une cause. Quelle soit juste ou non, c’est à chacun de trouver les arguments afin de faire valoir son choix. Sans étude, sans recherche, il n’y a que la loi du bâton et la tension du pavé. Or, ce que l’on pense, ce que l’on évoque, ce que l’on impose doit être le reflet d’un savoir compétent et maîtrisé. Le politique, de par ses convictions, sait de quoi il parle. C’est ce qu’il a compris d’une doctrine qui le différencie, comme le grain de l’ivraie. D’autant que l’on se bat toujours mieux lorsque l’on sait pourquoi. La lecture est une arme ! Le dialogue un combat ! La victoire est celle de l’intelligence et de l’érudition, du discernement et du pragmatisme ! Les quatre vont ensemble de manière indissociable.

C’est par la lecture que l’on se forge un idéal. L’héroïsme, le charisme et la droiture sont les atouts du héros ! Les mythes fondateurs sont l’expression du destin des hommes. L’action héroïque est l’accomplissement du devoir, transcendé par le courage, la vitalité, la vaillance. Mythes et héros sont les racines culturelles qui unissent fraternellement les dieux et les hommes, les archétypes et les prototypes. Elles sont entretenues depuis l’aube des temps comme notre bien civilisationnel le plus précieux : l’exemple. En tant qu’idéaliste, c’est à chacun de tirer les leçons de cette tension exigeante.

Le politique est homme de son époque, vivant dans l’actualité du quotidien, soumis aux lois de la société. Il incarne la droiture de ses propos, de ses faits et gestes par le juste combat politique et civilisationnel qu’il a choisi et déterminé. Il préfigure toujours l’intelligence, l’enthousiasme et l’énergie de la jeunesse. Le militant est un rebelle. Ce n’est ni un pirate dévoyé, ni un lansquenet à la solde.

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Cela n’est pas incompatible bien au contraire.

Nous ne naissons pas communiste ou fasciste. Ces deux idéologies sont d’un autre siècle. Les enjeux historiques et politiques sont différents. Mais après les premières pulsions viriles, chacun doit chercher les raisons qui font de lui quelqu’un à l’esprit différent dans un monde toujours en transformation. Si une bonne condition physique est indispensable à tout militant, sa tête doit être bien pleine ! Et bien sûr, sélective, car chacun a le devoir de savoir de quoi il parle, afin argumenter son discours. Cette culture spécifique lui permettra de rester en contact permanent avec l’Histoire, la politique et la spiritualité. Pour savoir de quoi l’on parle, il faut d’abord croire en son propre discours. La parole est une arme qui, bien maniée, permet de faire admettre une opinion soit complémentaire, soit contradictoire. Nous sommes d’un pays, peut-être aussi d’une nation ou d’une région particulière. Notre propre famille est aussi le réceptacle et l’alchimie qui ont engendré notre propre vie. Nous sommes d’ici et pas d’ailleurs, ça c’est la réalité. Voilà notre premier héritage culturel. En fait, nous pourrions dire aussi que l’on n’échappe pas à son destin, puisque celui-ci est en relation direct avec l’ a.d.n. qui est en bout de chaîne de notre arbre généalogique.

Comment aimer un peuple quand on ne sait pas comprendre et accepter les siens ? La cellule familiale est le premier maillon de la chaîne.

Nous savons tous que les idées des parents ne sont pas, voire, rarement celles des enfants. Pourtant, il n’en demeure pas moins vrai que le prisme par lequel nous pensons, créons, vivons, est en rapport direct avec notre éducation au sein même de la cellule familiale. Rejet ou harmonie de la famille sera l’expression contrariée ou en accord avec l’idéal du futur militant. C’est ce rapport étroit qui relie les éléments d’une famille. Négative ou positive, la cellule familiale est dans tous les cas le moule de notre pensée, le ferment de notre idéal. Mais, de gré ou de force, dans les deux cas, nous devenons ce que nous sommes par, ou à cause de la famille. Alors, quel rapport y a-t-il entre le militant et ce discours ? C’est notre réflexion et notre intelligence qui vont permettre de faire la différence entre tous ces éléments épars. Ainsi que le soutenait Benito Mussolini à Paris, en 1933 : « le fascisme, c’est une conception historique dans laquelle l’homme n’est ce qu’il est qu’en fonction du processus spirituel auquel il concourt, dans le groupe familial et social, dans la nation, et dans l’histoire à laquelle toutes les nations collaborent. »

Traditionalisme

Nous vivons dans une communauté. Famille, nation et patrie charnelle, éducation et religion des ancêtres sont intimement liées afin de définir ce que nous sommes. C’est ainsi ! En revanche, une prise de conscience engendre une perception particulière face à la masse non-différenciée du peuple. Celle-ci forgera la personnalisation d’un individu. Ce n’est pas inné, il faut un déclencheur : chacun, jouissant d’un libre arbitre, se différenciera, ou non, de la communauté qui l’entoure. C’est le pouvoir d’approuver ou de refuser les conditions particulières. Un politique doit s’affirmer dans ses convictions. Il en va ainsi de l’être différencié dont parle Julius Evola dans un contexte que Nietzsche ne contredirait sûrement pas. Le politique et le religieux ne sont pas des individus tout à fait comme les autres. Cet homme ou cette femme est engagé dans un processus particulier. Il se définit par sa qualité critique, contestataire, mais aussi par un attachement quasi spirituel avec l’idéal qu’il a choisi, défini et interprété.

Comment définir une pensée par la lecture. En fait, il y a quatre directions complémentaires : La mythologie – l’Histoire – la politique – la religion. Cette anthropologie est intimement liée et indissociable.

1°) La mythologie et les cycles légendaires sont à la source de notre culture plusieurs fois millénaires. Ce sont les archétypes sacrés de la sagesse et de la folie qui inspirent le héros. C’est une perception métaphysique du monde. L’Occident mais aussi les autres civilisations n’auraient pas de repère sans le passé légendaire de ses peuples. 1 Dès notre plus jeune enfance nous sommes bercés par des rêves chevaleresques de combats épiques et picaresques. L’acte du héros ! Les natures angéliques et féeriques donnent à l’ensemble une construction mentale qui nous rapproche de l’idéal que l’on porte en soit, à la fois guerrier et spirituel. Droit, justice, beauté, amour. L’esprit du militant n’est pas obscur et revanchard, il est lumineux et noble tant dans ses paroles que dans ses actes. Il est un homme différencié.

2°) L’Histoire inclut notre Culture, nos racines, nos combats, nos victoires et nos défaites… et les compromissions qui font partie des lois inexorables de l’existence des pays réels. La patrie ne vit pas seule à l’écart des autres nations. Elle s’inclut dans une dynamique qui est une tension permanente entre elles. Action – réaction, c’est le lot de l’Histoire de l’Humanité. L’unité d’un peuple se crée dans sa capacité à comprendre et à aimer les complémentarités ethniques2 et régionales qui le compose, sans jamais faire valoir leurs particularités. Être Français, devrait déjà être en soi un honneur. Notre Histoire nous prouve à chaque moment les difficultés de créer un État, de mener un peuple, de l’aimer et de le sauvegarder parfois même contre son gré, ses particularités, ses jalousies, son ignorance ou sa bêtise. C’est le lot qui accompagnent toujours le fardeau du chef, et du militant… L’un comme l’autre prêche par amour du peuple et pour le peuple.

3°) La politique, c’est l’instant particulier de l’idéal contrarié par la réalité des faits historiques. C’est un combat permanent. Une tension particulièrement exigeante. Les passions et les réactions qu’elle engendre nous ramènent souvent à une fatalité que le militant tente de contrecarrer. Ce dernier cherchera dans la littérature les exemples historiques de ses chefs en prenant bien conscience des échecs et des succès dans le processus du combat politique. Il se doit d’en tirer la quintessence pour le profit de son parti, en ne perdant jamais de vue son amour inconditionnel du peuple.

4°) La religion, le sacré et les mythes fondateurs : c’est l’espace providentiel où s’exécute le rite et l’ésotérisme qui lient spirituellement le politique à l’éthique de son peuple. Le destin d’une nation est de croire ! L’athéisme est niveleur. L’athéisme tue toute forme d’espoir. L’athéisme rend individualiste et égoïste. Le communisme est un avatar de l’athéisme. La Révolution Française de 1789 et le jacobinisme sont l’expression d’épouvante qu’inspire cette pensée néfaste. Il importe peu de partager une religion précise et unique. Mais il est indispensable à toute tête bien pleine, d’avoir des convictions étroites avec les Puissances ou les Dieux qu’il s’est choisi philosophiquement. Ce n’est pas toujours un but, mais c’est une direction, un cap, une référence.

Ces quatre ingrédients sont indispensables. Fondus mais jamais confondus. Ils sont complémentaires. Si l’un des éléments vient à manquer l’œuvre ne sera pas complète.

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A 16 ans, mon frère aîné me tendit un livre en me disant virilement : « lis ! » Il est difficile de revenir sur les raisons individuelles qui amène à tel ou tel choix… Quoi qu’il en soit, voici une liste possible de lectures :

  • L’Histoire de France. Jacques BAINVILLE
  • Ma Doctrine. Adolf HITLER
  • Les carnets de Turner. Andrew MACDONALD.
  • Orientation. Julius ÉVOLA
  • Les indo-européens. Jean HAUDRY
  • Révolte contre le monde moderne. Julius EVOLA
  • Pensées corsaires. Gabriele ADINOLFI
  • Les Waffen ss . Henri LANDEMER
  • Le soldat oublié. Guy SAJER
  • Combat pour Berlin. Joseph GOEBBELS
  • Le cœur rebelle. Dominique VENNER
  • Persiste et signe. Léon DEGRELLE
  • Réponse à l’Espagne José Antonio PRIMO de RIVERA
  • La garde de Fer. Corneliu-Z-CODREANU

Bien sûr cette liste n’est pas exhaustive. Elle va à l’essentiel. Mais, il est aussi d’autres considérations comme nous l’avons évoqué plus haut. Cela ne peut être qu’un avant-goût d’une longue bibliothèque à parcourir. Comme vous avez pu le constater cette sélection reprend certains rêves politiques contrariés… Mais ce qui est passionnant, au-delà des performances ou contre-performances de ces exemples du XXe siècle, c’est leur enracinement dans leur valeur respective, leur entêtement politique qui les mènent au sacrifice ultime. Vision nationaliste dépendante de la culture historique du pays réel. Ainsi, la France a son destin, comme les autres Nations… Mais il y a équations. Comment ne pas retomber dans les mêmes pièges. Tout l’avenir politique d’un mouvement se doit de s’interroger, de répondre et de trouver les parades à ce qui semble à priori être une fatalité. Les enjeux contemporains ne sont plus ceux d’hier, et ceux de demain se profilent à peine….

L’avenir d’un peuple n’est pas de subir. C’est aux militants de lui rappeler !

Texte de C.R. pour la communauté National Social Radical.

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La Garde De Fer

Garde de Fer

Bien que Défense de l’Occident ait parlé à plusieurs reprises de la Garde de Fer de Codréanu, d’abord dans un article de notre numéro spécial consacré à la jeunesse en avril-mai 1964, puis en deux longues études signées de Paul Guiraud qui parurent dans nos numéros 42 et 43 en juin et juillet 1964, nous croyons indispensable de commencer cette étude sur les mouvements fascistes peu connus qui ont existé en Europe par un rappel de ce que fut le mouvement de Codréanu en Roumanie.

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La Garde de Fer est très loin cependant d’être un parti fasciste typique. Elle est même par ses méthodes d’une inspiration résolument spiritualiste, par son éloignement de toute politique proprement dite, une création extrêmement originale et fortement marquée par l’esprit de son créateur. Dans le numéro spécial que Défense de l’Occident a consacré à la jeunesse, Paul Guiraud la présentait ainsi :

 « La Légion de l’Archange Saint-Michel, plus connue en France sous l’un seulement de ses aspects : la Garde de Fer, n’est pas une ligue, encore bien moins un parti. Elle ne ressemble en rien aux organisations politiques françaises ou étrangères dont l’Histoire contemporaine nous offre tant d’exemples. Elle est un mouvement absolument original dont le but premier et la raison d’être sont le redressement spirituel et moral de l’homme, la création d’un homme nouveau, en rupture avec l’homme démocratique du moment, qui est individualiste et lâche. Elle est la tentative la plus loyale, comme aussi la plus adéquate pour mettre à nu en chacun de nous le héros originel qui dort, étouffé par les oripeaux vulgaires de l’homme quotidien, de l’homme banal, de l’homme fade que nous sommes tous couramment, et qui est l’antinomie même du héros que nous pourrions être.

On comprend aisément que si tel est le but final de la Garde de Fer, les caractères de ce mouvement doivent être essentiellement différents de ceux des partis tout spécifiquement politiques, dont le but et la raison d’être sont la prise révolutionnaire du pouvoir pour l’application systématique d’un programme d’action établi à l’avance, en vue du relèvement à la fois socialiste et national d’un pays. À telle enseigne que l’observateur qui aborde la Garde de fer avec l’esprit politique est singulièrement déconcerté par la place de peu d’importance que tient dans ce mouvement la politique proprement dite – celle dont nous avons les cerveaux farcis, celle qui a détourné les cœurs des sentiments les plus vrais et les plus profonds, celle qui est devenue le prisme déformant à travers lequel le XXe siècle artificiel entrevoit la réalité.

Le Français, dont l’esprit secret de la politique aussi spontanément que le foie secrète de la bile, doit faire un violent effort pour reconquérir une sorte de virginité spirituelle, s’il veut comprendre l’âme même qui souffle dans la Garde de fer et à laquelle tous les légionnaires communient dans un identique esprit de passion mystique et d’ascèse. Il sera surpris au suprême degré par les lois intérieures et commandements fondamentaux auxquels se plient les jeunes gens de la Garde ; certains rites d’aspect religieux heurteront ce qu’il y a de stérile et froide logique dans son esprit cartésien. Mais s’il chasse loin de lui toutes ces dépouilles mortes et tout ce faux humanisme rationaliste qui a fait de lui malgré sa tradition l’Européen le moins enthousiaste, le moins sensible aux frémissements du cœur, le plus ergoteur devant l’action à entreprendre, alors il comprendra combien sont libératrices ces chaînes qui relient l’homme rénové, malgré ce siècle corrompu, à l’homme vrai des siècles du passé. »

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Nous donnions dans le même article les principes d’organisation et de doctrine qui furent mis en œuvre dans l’organisation de la Garde de fer, et nous y renvoyons le lecteur.

Nous nous bornons ici à rappeler rapidement l’histoire de la Garde de fer. Et nous renvoyons également les lecteurs qui désireraient avoir plus de détails aux articles de Paul Guiraud dans Défense de l’Occident en juin-juillet 1964.

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 La Garde de fer eut pour point de départ l’action menée en 1922 alors qu’il n’avait que 24 ans par Cornéliu Codréanu pour la rénovation de la Roumanie par la création d’un puissant mouvement universitaire. En 1922, ayant terminé sa licence en droit, Codréanu qui n’avait que 23 ans partit en Allemagne et s’inscrivit à l’université de Berlin. Le jour de l’ouverture de cette université, il se présenta en costume national roumain. Il mena là-bas pendant quelques mois une vie d’étudiant pauvre et acharné. Pour pouvoir subvenir à ses besoins, il se chargeait d’approvisionner de petits restaurants en légumes qu’il allait chercher à l’aube chez les maraîchers des environs. Rappelé à Iassy à la fin de 1922 par l’échec d’une grève d’étudiants, il reprit la direction du mouvement étudiant en posant le principe suivant : le mouvement national universitaire doit s’étendre à tout le peuple Roumain. Ce mouvement national doit être encadré dans une seule organisation, et commandé par un seul chef.

Mais Codréanu n’a pas encore vingt-quatre ans. Il est téméraire, à cet âge-là, de vouloir être le chef et fonder cette organisation. Codréanu s’adresse au Professeur Cuza et obtient de lui qu’il prenne la tête d’un nouveau parti : la Ligue de défense nationale, qu’on appellera très rapidement le Parti national chrétien.

L’entrée sur la scène politique de ce parti eut lieu en mars 1923, au moment où, contre la plus grande partie de l’opinion publique, le gouvernement réformait l’article 7 de la constitution roumaine et accordait les droits civiques aux Juifs. De très nombreuses manifestations eurent lieu à Iassy contre cette mesure. Les étudiants décrétèrent la grève générale et l’administration universitaire entama une campagne de persécution et de pression en fermant les foyers, les cantines et en supprimant les bourses, et en brisant l’opposition des étudiants par la misère et par la faim.

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Les passions atteignirent un tel degré de violence que Codréanu et sept de ses camarades fomentèrent un complot ayant pour but l’assassinat des ministres responsables de cette situation. Le complot fut dénoncé avant qu’aucune mesure n’ait pu être prise pour la réalisation du projet. Les conjurés furent trahis par l’un d’entre eux nommé Vernicesco et ils furent arrêtés.

Le procès qui suivit illustre de manière singulière la violence et décision qui allaient être dans l’avenir les caractéristiques de la Garde de Fer. Pendant l’audience du procès, au moment où l’étudiant dénonciateur Vernicesco faisait sa déposition, il fut abattu d’un coup de revolver en pleine audience par un des membres de la Garde de Fer.

Toutefois, la fermeture des foyers et des cantines universitaires avait prouvé que l’administration disposait contre le mouvement étudiant d’un moyen de pression efficace.
Il fallait libérer les étudiants de cette tutelle, et le mouvement national-chrétien voulut bâtir son propre foyer. Le 8 mai 1924, Codréanu créa avec ses camarades étudiants le premier camp de travail qu’on ait vu en Europe avec cette première mission : fabriquer les briques nécessaires à la construction envisagée.

Vingt-six étudiants quittèrent donc Iassy, sans un sou en poche et se rendirent à Ungheni où l’établissement du camp avait été décidé. Un ami du parti mit à la disposition des travailleurs un assez vaste terrain. Là, divisés en cinq équipes, et travaillant de quatre heures du matin à 9 heures du soir, ils fabriquèrent près de 3.000 briques par jour. Quant à leur alimentation, elle était assurée par la culture d’un champ de deux hectares qui leur avait été prêté.

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Le préfet de Police de Iassy, Manciu, voyait avec colère cette entreprise nouvelle. Il ne disposait d’aucune loi pour interdire ce travail volontaire. Il décida néanmoins d’interrompre les travaux par la force et, accompagné de policiers, il procéda le 31 mai, à l’arrestation de tous les travailleurs du camp. Cette arrestation fut faite avec des méthodes particulièrement odieuses et humiliantes. Les étudiants furent battus et giflés en public, les inspecteurs assommèrent Codréanu, lui crachèrent au visage et le promenèrent avec ces crachats menottes aux mains dans les rues de Iassy.

Le procès intenté par Manciu se termina également d’une façon dramatique. Codréanu s’était présenté à l’audience comme l’avocat de ses camarades. Manciu se présenta entouré d’une vingtaine de policiers et d’hommes de mains, qui, à peine entrés dans l’enceinte du tribunal se jetèrent sur Codréanu. Menacé, celui-ci sortit un revolver et tira. Manciu s’écroula en plein tribunal.

Le procès intenté à Codréanu à la suite de cet incident provoqua dans le pays une émotion considérable. Le gouvernement déplaça à plusieurs reprises la ville dans laquelle devaient avoir lieu les audiences du procès de Codréanu. Néanmoins, malgré ces précautions, le procès qui s’ouvrit le 20 mai 1925 devait révéler la profondeur et l’extension du mouvement déclenché par Codréanu. On s’en rendra compte, par ce fait probablement sans précédent, que 9 300 avocats se firent inscrire comme défenseurs bénévoles et volontaires de l’accusé. Codréanu fut acquitté aux applaudissements de la foule, les jurés arborant à leur boutonnière l’insigne du mouvement national-chrétien. Le retour de Codréanu à Iassy fut triomphal. Aux gares les populations attendaient son train et l’acclamaient longuement.

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Quelque temps après, Codréanu quitta toutefois volontairement la Roumanie, probablement à la suite de divergences qui avaient surgi entre lui et le professeur Cuza. Il s’installa à Pinet d’Uriage près de Grenoble. Il travaillait le jour à l’université et le soir à des travaux de broderie pour assurer la modeste existence de son ménage. Cet exil en France dura dix-huit mois au bout desquels Codréanu fut rappelé à la suite d’une crise qui venait de se produire dans la Ligue nationale chrétienne du professeur Cuza. Codréanu, après avoir examiné la situation prit sa décision rapidement et le 24 juin 1927, il décida de créer la Légion de la Garde de fer avec sept camarades qu’il avait rassemblés autour de lui. L’énergie, le travail physique de formation dans les camps de travail du parti, la foi chrétienne profonde, l’intrépidité devant la mort, le don total de sa personne et de son action au parti, la croyance mystique dans le relèvement de la Roumanie par l’action de sa jeunesse, l’hostilité contre le ploutocratisme juif qui s’emparait de plus en plus, sous l’influence du roi, des leviers de commande, furent les principaux principes d’action de la Garde de fer.

Elle aboutit à former une légion d’hommes presque tous jeunes, animés d’une foi invincible et liés entre eux par une discipline absolue. Les principales idées de la Garde de fer ainsi que les campagnes qu’elle mena se trouvent résumés dans la revue de Codréanu, Terre des Ancêtres, qui connut à son départ un immense succès parmi les étudiants et les jeunes.

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Un des caractères fondamentaux du mouvement Garde de fer était sa profonde emprise sur la paysannerie, dans laquelle il trouvait non seulement ses principaux appuis électoraux, mais également une source d’inspiration permanente. Une des premières actions de Codréanu après la fondation de la Garde de fer fut une immense tournée qu’il entreprit à travers tout le pays dans les villages où il rassemblait les paysans, se présentant à cheval et les haranguant ou parlant familièrement avec eux. Sa popularité dans les campagnes était immense et son nom était devenu un véritable symbole. Malgré deux dissolutions successives du parti presque aussitôt après sa fondation en 1931 et en 1932, la Garde de fer réussit à avoir cinq députés aux élections de 1932. Puis, à la suite de la campagne de Codréanu et de sa propagande dans les villages, les élections de 1937 amenèrent au parlement roumain soixante-douze députés Garde de fer.

Ce triomphe, obtenu malgré une loi électorale profondément malhonnête, cristallisa les résistances et les haines contre le parti de Codréanu. Ces résistances avaient à leur tête le roi Michel en personne qui était entouré de Juifs et d’affairistes et qui était soumis à l’influence de sa maîtresse juive, MmeLupescu. Le roi était le véritable chef du parti juif contre lequel combattait Codréanu et il fut l’inspirateur de toutes les mesures qui furent prises contre celui-ci. Dès l’année 1933, le roi, sous l’influence de Mme Lupescu, faisait appeler comme ministre un des principaux ennemis de la Garde de fer, Duca. Celui-ci, créature de Mme Lupescu et du parti juif, fut chargé d’organiser une lutte sans merci contre la Garde de fer. Il fut abattu le 21 décembre 1933 sur le quai de la gare de Sinaia par trois partisans de Codréanu.

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À la suite du succès de Codréanu en 1937, le roi répliqua en instaurant une sorte de dictature juive, confiée à un nouveau président du conseil, Calinesco. Celui- ci, tempérament policier et tortueux, organisa un certain nombre de provocations et de traquenards. La prudence de Codréanu les déjoua tous. Alors Calinesco se servit contre lui d’une lettre que Codréanu avait adressée à Iorga, politicien nationaliste très connu en Roumanie, dans laquelle Codréanu lui reprochait d’avoir trahi les espoirs de toute une génération. S’appuyant sur cette affaire, Calinesco fit arrêter Codréanu, le fit inculper de menaces et condamner à six mois de prison. La Garde de Fer qui avait reçu des ordres formels ne bougea pais et garda son sang-froid. Néanmoins, à l’occasion de ce procès, les agents de Calinesco procédèrent à l’arrestation massive et non motivée de la plupart des cadres légionnaires, qui furent envoyés dans des camps de concentration, tandis que ceux contre lesquels on réussissait à trouver un prétexte pour les traduire devant les tribunaux étaient envoyés dans les mines de sel. Même devant cette provocation, la Garde de fer montra une grande discipline et ne réagit pas.

Calinesco s’enhardit alors, il crut le moment propice pour frapper et intenta un procès à Codréanu devant le tribunal d’exception sous l’inculpation d’attentat à la sûreté de l’État, de haute trahison et de compromission avec les nationaux-socialistes. Après dix heures d’un procès passionné et malgré les témoignages produits en sa faveur, Codréanu fut condamné à dix ans de réclusion. Calinesco respirait, il crut que tout était fini. Mais le roi, hanté par le souvenir de Codréanu et croyant encore en sa puissance, donna l’ordre de l’exécuter dans la prison. Codréanu fut étranglé dans sa cellule par ses gardiens. Avec lui, treize membres de la Garde de fer, également emprisonnés, furent tués dans les mêmes conditions. Leurs corps furent ensuite criblés de balles pour simuler une évasion manquée.

Cette mort tragique de Codréanu mit fin à l’histoire de la Garde de fer. Le 20 septembre 1939, Calinesco fut abattu en pleine rue. Ce fut le dernier épisode de cette lutte qui avait été animée par tant d’idéalisme et de courage et qui aboutit à d’effroyables massacres, à des déportations massives, à d’innombrables morts. Les politiciens juifs avaient momentanément triomphé en Roumanie. Mais la haine qu’ils avaient soulevée par leurs atrocités et leurs meurtres explique les mesures qu’on prit contre les Juifs pendant l’occupation allemande et qui furent approuvées par une très grande partie de la population.

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Sources : « Les fascismes inconnus », Défense de l’Occident, numéro spécial 81, avril-mai 1969, 111 pages.


De la Fondation de Rome et de la Fonction Tripartite – Ier Partie

Le soleil de Rome

Par la présente recherche nous allons tenter de découvrir le système qui engendre le mythe gémellaire et fondateur de la société traditionnelle. Tout d’abord, nous retrouvons comme dans l’univers sacré de la religion scandinave, le mythe récurrent des jumeaux. En effet, à la création du monde le dieu Odinn doit tuer le géant primitif Ymir afin de créer et d’organiser l’Univers en le démembrement et en le réorganisant[1]. Or Ymir veut dire jumeaux. Par ailleurs, dans “Germania”, Tacite révèle un dieu nommé Tuisto[2] (double). Nous le retrouvons un peu plus loin sous le nom d’un autre couple de jumeaux nommés les Alcis qui, à bien des égards, pourraient se rapprocher de Castor et Pollux, les dioscures. Le mythe de jumeaux semble être apparenté à l’ossature même de la Création, dans la fondation et le développement de l’organisation de la société humaine[3]. Ce qui permet de structurer le Monde en lui donnant une forme. Il y a le potentiel, donc il n’y a plus qu’à le composer et le développer dans une architecture sacrée et le système de tripartition que nous révèle Georges Dumézil. Il s’agit en fait de qualifier et de donner une forme à un peuple dans un espace déterminé, un espace providence qui va devenir, par le jeu de la filiation Divin-Humain, une réalité patente et exploitable par la loi de la généalogique. Les Rois sont d’Essence Divine et sont la représentation du supra-pouvoir de la divinité sur Terre.

Bref rappel. De la digne descendance d’Énée de la divine lignée de Zeus par Vénus, fils de la vestale Rhéa Sylvia[4] et de Mars, n’acquirent les célèbres Jumeaux Romulus et Rémus. Telle la légende de la naissance de Moïse, ils échappèrent à une mort certaine, cachés dans un panier d’osier porté par les eaux tumultueuses d’une rivière en crue. Une louve bienveillante les sauva et les allaita comme sa propre et légitime portée… Plus tard, recueillis, adoptés et élevés par le berger Faustilus, ils grandirent, combattirent et créèrent leur propre mythe dans le sang glorieux des vaincus. Bientôt ils voulurent bâtir une ville, mais n’étant pas d’accord sur l’emplacement idéal de la future cité, ils s’en remirent aux augures. Et afin de choisir au mieux l’espace providentiel les jumeaux portèrent chacun leur dévolu sur une colline différente. Alors que Rémus convoite le mont Aventin, Romulus porte son choix sur le Palatin. Les fondations de la ville seront délimitées lorsque les présages auront décidé et choisi la colline par un signe pouvoir reconnu de tous deux. Hélas, Rémus ne vit que six vautours[5] alors que Romulus en décompta douze[6]. Ainsi, le choix définitif se porta sur le lieu qui avait autrefois béni leurs survies à l’ombre d’un figuier. Ce fût ainsi que s’érigea sur la colline la Rome Palatine.

Le vainqueur décida alors de délimiter l’enceinte de la ville en traçant par l’araire tiré par deux bœufs les sillons d’un fossé protecteur. Ainsi, Rome naquit un 21 avril. De ce jour glorieux l’on fêta les Parilia en l’honneur de la déesse Palès patronne agraire des bergers et des troupeaux.

La mort fratricide de Rémus laissa un goût amer à l’inconsolable Romulus. Malgré tout, le guerrier au javelot, prit le pouvoir du futur empire naissant. Il régna, dit-on, 33 ans[7], sept mois, sept jours.

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Ce mythe fondateur nous suggère que le monde doit être mis en ordre et que celui-ci étant en perpétuelle transformation est ni stable, ni cohérent. L’ordre fait loi. Sans combat il n’y a que chaos et désordre. L’acte du Dieu ou du Héros est de combattre, de vaincre, de bâtir, d’organiser et de mettre en ordre l’espace providentiel qui lui est alloué. Il se doit de le maintenir toujours sous cette forme spirituelle du pouvoir. C’est le combat perpétuel entre deux forces contradictoires à l’instar de Zeus combattant Typhon, l’image monstrueuse du Chaos Universel. L’une est obscure et bestiale l’autre est le principe fulgurant de la lumière et des “Puissances qui gouvernent”. Voilà pourquoi il est indispensable de comprendre l’expression symbolique des mythes fondateurs.

Ceci va nous permettre quelques interrogations sur les éléments et les symboles qui déterminent la fonction providentielle de Romulus, les rites dédiés aux divinités, mais aussi les commémorations ponctuelles qui rythment la vie sociale de la Cité naissante.

Ainsi que nous le savons les commémorations sont des fêtes rituelles et cycliques qui ponctuent le temps et l’espace tout au long de l’année. Précisément, certaines cérémonies démontrent une complémentarité agissante comme un écho diamétralement opposé sur le calendrier, tels que les deux solstices et les deux équinoxes. D’autres fêtes particulières répondent à une réalité communautaire et un besoin vital. Les superstitions sont attachées à la Nature dans sa fonction dispensatrice. Ces bienfaits tiennent du miracle permanent d’un Ciel divinisé pour sa bienveillance, et par les augures qui accompagnent le choix de l’espace où agira la Providence. La plénitude de jouissance pastorale et agricole ne peut s’exercer que par le devoir d’un peuple soumis à trois conditions : la protection d’un chef sous l’égide d’un dieu local d’un territoire choisi et délimité. Une société croit et prospère dans la sédentarisation afin d’y enfoncer profondément et durablement ses racines biologiques, ses rites et ses mœurs.

L’action de l’homme est l’élément clef qui, en anoblissant le sol fertile, crée le lien essentiel entre le Ciel et la Terre. Il en va ainsi de Romulus, “le guerrier à la lance”[8] qui combat, choisit l’emplacement et la cultive. À la mort de Rémus, Romulus transcendé semble posséder les fonctions tripartites : sacerdotale, guerrière et agraire. En effet, Mars était le dieu suprême de cette époque. Le chef Romulus assiste les hommes en participant à leur destiné par la suprématie guerrière, la culture de la terre et l’élevage dans un espace délimité, cela fait de lui un véritable dieu vivant hypostase d’un Mars au pouvoir illimité. A lui seul, il détermine une trinité parfaite.

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Il y a dans cette image récurrente un certain rapport avec l’enlèvement des Sabines. Elles sont le ferment de la terre nourricière, l’assurance de la pérennité du lieu par la fertilisation de la tribu. Romulus ne fera qu’entretenir plus durablement un territoire devenu réellement providentiel.

Cette alliance forcée contraint les Sabins et les Romains à un pacte de sang qui sera le ferment de la Nation.[9] Et qui n’est pas sans rappeler le pacte d’alliance qui unit les Ases et les Vanes de la mythologie scandinave.

Après la guerre, en accord avec le Principe Divin qui offre le pouvoir régnant à l’élu, vient le temps de la troisième fonction. Celle du bâtisseur, du laboureur, et de l’éleveur.

Le rôle d’un Mars agricole nous permet d’envisager Romulus dans des fonctions multiples, autre que celle reconnue de la guerre, telles que les phénomènes atmosphériques, les productions et reproductions, l’élevage et les travaux champêtres en rapport avec le calendrier, et naturellement, le choix du lieu de prédilection.

Il est important maintenant de situer et de distinguer l’environnement du monde dans lequel une communauté d’hommes et de femmes va évoluer, se multiplier, se nourrir. La société a besoin de références et celles-ci, principalement se retrouvent dans le cycle annuel des saisons et de l’évolution de la terre nourricière.

La Forza. 1910. Augusto Rivalta. Italian 1836-1925. marble.

Le rôle d’un Mars agraire est indispensable au bon fonctionnement du rythme annuel de la vie. Le temps et l’espace sont ponctués. Il y a un moment pour chaque chose. L’hiver est le complément de l’été, le froid remplace le chaud. Il y a le temps du labour, celui de la semence et celui de la récolte. L’agriculture et l’élevage déterminent les moments forts de l’année. Ceux-ci sont marqués par des fêtes votives dédiées à la nature des éléments divinisés qui entretiennent les bons rapports entre le Ciel tant divin qu’atmosphérique, et la terre nourricière anoblie. Si certaines fêtes du calendrier augurent les bons auspices des beaux jours, les autres sont pour rappeler qu’il existe en permanence son contraire ou son complémentaire. Rien n’est gratuit. Chaque chose entraîne une conséquence. Ces causes à effets sont indispensables à l’équilibre et au bon fonctionnement de la vie. II en va de même pour les phénomènes météorologiques. Si le soleil est indispensable, la lune l’est tout autant. Si le soleil réchauffe, il peut aussi dessécher et brûler la terre. Si la pluie nourrit les pâturages et les plantes, elle peut aussi les ravager par ses excès. L’avenir est toujours en suspend. C’est l’alternance qui rend la vie paisible et les sols fertiles, riches et abondants, en justes proportions du ni trop, ni trop peu. Telle est la nature maîtrisée en partie par les hommes et par les dieux.

À l’hiver s’oppose l’été, à l’équinoxe de printemps celui de l’automne. La vie s’oppose à la mort, à la porte des hommes s’oppose celle des dieux, à la jeunesse s’oppose la vieillesse, à la victoire la défaite, au numen le fatum, etc. Dans tout cela c’est la main de l’homme qui doit compenser les excès dans la recherche permanente d’un juste équilibre des forces en présence sous les meilleurs auspices du ou des dieux et de leurs représentants royaux et princiers, dans le royaume ou la Cité.

Il est bien de rappeler d’autres exemples propices à la bénédiction des dieux. Tout jugement vient de l’observation. Les variations des cycles plus courts viennent compléter ce tableau pastoral qui s’harmonise avec l’activité du Ciel et les répercutions sur terre.

Thomas Francis Dicksee (1819 - 1895) - A Roman maiden, 1879

Ainsi, le mois lunaire passe par ses deux phases, croissance et décroissance, montante et descendante, pleine et nouvelle Lune. Deux temps marqués pour une chose en constante évolution qui détermine le rythme biologique des humains, des plantes et des animaux. Il en va de même pour le cycle maritime, des marées hautes et basses, variant avec les lunaisons sur des cycles de 28 jours[10]… Il en va naturellement de même dans la course du Soleil, de l’aube à la croissance au zénith[11] et de la décroissance du jour laissant sa place au crépuscule et à la nuit. Mais aussi lors de son long cycle l’annuel, des heures changeantes de son levé et de son couché sans oublier le déplacement cyclique sur la ligne d’horizon[12]. D’autant que si le Soleil trouve son altère ego dans la Lune, la planète Vénus, nommée aussi l’“Étoile du Berger”, est le luminaire complément de l’astre diurne, tel un Rémus assistant Romulus. D’ailleurs, Vénus est la bonne étoile des pâtres, protectrice et bienveillante. Elle est la première levée à l’Ouest du firmament. Elle étincelle de ses mille feux, car c’est le troisième astre le plus brillant du ciel après le Soleil et la Lune. Elle veille nos nuits et est toujours la dernière à s’éteindre à l’Est dans le jour naissant. Ainsi, elle va à la rencontre majestueuse d’un soleil levant.

De fait, tout sur Terre trouve son écho, son complément ou son contraire, tel le jour et la nuit. Ce ballet céleste alterne l’activité des hommes et participe à son épanouissement. Reproduction-naissance, ovulation-menstrue, travail-repos, activité-sommeil, vie-mort, mâle-femelle, fort-faible, lumineux-sombre, feu-eau, terre-air, hiver-été, printemps-automne, soleil-pluie, chaud-froid, etc. L’alternance marque une complémentarité indispensable à l’équilibre du Monde et nous le devons au combat magistral du père des dieux et à sa victoire sur les Titans. Le devoir de l’homme est d’entretenir ce que les dieux nous ont confié. Voilà la véritable écologie !

Mais revenons à nos Jumeaux, ou plus précisément à Romulus. Comme nous le disions plus haut, si le nombre d’années de règne varie selon les auteurs de l’époque[13], la date de la fin est précise. Elle nous rappelle que le septième jour du septième mois de l’année Rome fêtait les Caprotines.

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Rome aime remercier les bienfaits du Ciel, de la Terre, les dieux et les astres, la nature et la production. La Cité sait se protéger contre l’adversité. Par conséquent, chaque jour est fêté comme une bénédiction divine. Toute fête trouve son complément ou son contraire dans le calendrier romain[14]. Ainsi, les Caprotines trouvent leur écho six mois plus tard, le 13 janvier, sous l’appellation de Carmentalia[15]. Ces deux dates démontraient l’importance de la femme dans la Cité. C’était sa bienveillance et son intuition qui garantissaient la continuité de l’espèce dans la communauté… Ces deux fêtes avaient un étroit rapport avec le figuier. Cet arbre profondément ancré dans le sol, révèle un symbolisme vital. C’est l’abondance de fruits généreux mais aussi son aspect magique qui rappelle le mât chamanique. Il est le symbole de l’axe du monde situé entre Ciel et Terre, et donc de l’immortalité. Il est étroitement lié aux puissances actives de la vie, autant à la virilité qu’à la fertilité, tant à appareil reproducteur de l’homme que de celui de la femme. On rapprochera donc les aspects sexuels, verge et bourses, utérus et vagin mais aussi les appétits qui les accompagnent, la jouissance, la puissance, la fertilité, la gestation et la reproduction.

Quant à l’histoire des “Caprotines”, elle révèle la victoire nocturne des nones sur une armée d’assiégeants assoupis dans leur camp retranché. L’une d’elles juchée en haut d’un figuier annoncera la victoire en portant un flambeau allumé, masqué aux yeux de l’armée défaite par une peau de chèvre[16] étendue sous son bras… Fête solaire aurorale, la victoire étant associée à l’aube naissant. Qui plus est, les Jumeaux sont nés sous le figuier du mont Palatin, et par conséquent, ils sont associés de facto à la victoire, à la lumière astrale et tout ce qui en découle… Ces complémentaires qui s’opposent sur le calendrier rythme le cycle éternel de la vie. Il en sera ainsi des festivités, tout au long de l’année, pour des causes aussi diverses que variées, afin d’harmoniser la vie.

La fin obscure du règne de Romulus fut une tragédie vécue comme un cauchemar d’épouvante. Il s’évanouit aux yeux de tous lors d’un orage violent, chargé d’éclairs, de brouillard et d’averses, emporté dans un manteau de sombres nuages par un vent de tempête… Le premier roi de Rome disparut ainsi, mystérieusement ravit par les dieux lors d’un exceptionnel phénomène météorologique…

Texte original de C.R. pour la Communauté National Social Radical.

[1]Acte purement chamanique. Lire sur le sujet Mircea Eliade.

[2]Tuisto, Tuisco ou encore Twisto. Traduit par Régis Boyer « double ».

[3]La progression logarithmique : 1+1=2 , 1+2=3 , 2+3=5 , 3+5=8 , etc Vitruve, Léonard de Vinci…

[4]. La très noble lignée des jumeaux remonte à Zeus-Jupiter mais aussi à Venus dont Rhéa Sylvia semble être une hypostase qui rappelle plusieurs éléments. Le nom de Rhéa est attaché à celui de la mère de Zeus, et donc au Principe Divin associé au feu du Ciel… Sa qualité de vestale, l’envoie au charge de déesse du foyer. Les Jumeaux sont les enfants de cette déesse vierge et Mars. Elle entretient le feu sacré des origines alors que Mars est à la fois dieu agraire et dieu viril des combats. L’une est un feu de paix, l’autre est un feu de guerre…

[5]   Le vautour est associé au Dieu agricole Mars.

[6] Ce nombre est celui de la fratrie des Arvales. 12 frères formant un corps de prêtres qui pratiquaient des sacrifices annuels en faveur Dea Dia déesse agraire du labour et protectrice des champs cultivés (arva). (fête de l’Ambarvaria le 19 avril.)

[7]Certains auteurs parlent de 37 ans. le nombre de jours et de mois ne variant pas.

[8] La lance est l’attribut aristocratique par excellence. Apollon, Lug, Cu’chulain, Odinn, Wodan, la lance de Longinus, mais aussi Pallas-Athéna, Minerve les Walkyries, etc. La lance est rattachée au symbole de l’axe du Monde, l’arme récurrente que l’on peut rapprocher du swastika. Le mot sabin quiris signifie lance.

[9]   Georges Dumézil compare sous un certain aspect, le rapport des unions forcées et contre nature, après la guerre qui opposa les Ases et les Vanes de la mythologie nordique. En effet, il apparaît que la fonction nourricière, déterminée par les Vanes serait à l’égale des Sabins.

[10]Nous verrons dans la deuxième partie de ce texte l’importance de ce discours sur ces non-révélations…

[11]  Le midi étant un instant tout aussi particulier que le celui du solstice été dans l’idée du moment où l’astre rayonne dans sa plénitude.

[12]   Voir, les explications du disque de Nebra, sur le déplacement du soleil à l’est et à l’ouest de 82° sur la ligne d’horizon, du nord au sud et du sud au nord, en fonction des saisons.

[13]33 ans pour certains, 37 pour d’autres…

[14]Tel il en sera sous le règne de Numa Pompilius, le digne successeur de Romulus.

[15] Fête de Carmenta, nymphe prophétesse et des oracles telles les normes (carmen : chant magique). Les femmes romaines lui rendaient un culte en tant que déesse des bonnes naissances, autrement nommée Postverta. Elle aidait les femmes en couche.

[16]Chèvre, cabri, Caprotines…

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Waffen der SS « Galicie »

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Cérémonie de la création de la 14eme division « Galicie » de la Waffen SS a Lviv.

Les débuts

L’amorce d’une collaboration militaire entre nationalistes ukrainiens et les nationaux socialistes allemands débute vers 1940, lorsque l’Abwehr met sur pied en Allemagne une sous-unité ayant pour but d’assurer des missions de sabotage sur le territoire de l’Union Soviétique. Elle prend le nom de bataillon ‘Nachtigall’. Rattaché au Lehr-Regiment ‘Brandebourg’, il est alors, en février 1941, avec le bataillon ‘Rolland’, la seule formation devant constituer une légion ukrainienne. Ses membres sont principalement des citoyens polonais d’origine ukrainienne commandés par Bandera, le chef de l’organisation des nationalistes ukrainiens (OUN). Après les premiers mois de l’opération ‘Barbarossa’, ou ces bataillons ne mènent que peu d’actions, ce pour des raisons politiques, ils sont relevés en aout puis dissous en Allemagne en novembre 1941, ou leurs personnels sont réorganisés pour former le Schutzmannschafts-Bataillon 201. Nombre de leurs membres, en particulier des officiers, rejoindront l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et 14 d’entre eux la division ‘Galizien’ au printemps 1943.

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 Création de la SS-Freiwilligen –Division « Galizien »

Au début de l’année 1943, alors que les Allemands et leurs alliés se font balayer à Stalingrad, Heinrich Himmler décide de lever une nouvelle division de la Waffen SS ; celle-çi sera constituée avec des volontaires ukrainiens. Il est a noté que les nécéssités militaires l’emportent sur les exigences raciales alors en vigueur à la Waffen SS.

 A vrai dire, cette idée n’émane pas du Reichsführer-SS mais du SS-Brig.Fhr Dr Otto Wächter, alors gouverneur de la Galicie. Wächter se trouve à Lviv depuis 1941 ; il est connu pour ses sympathies envers les Ukrainiens : il n’est donc pas surprenant de le voir prendre l’initiative de former une grande unité qui serait levée avec des Galiciens, anciens citoyens de l’Autriche-Hongrie, catholiques et plus « occidentalisés » que les Ukrainiens de l’est. Le thème choisi pour le recrutement est très simple : la lutte sans pitié contre le Bolchevisme et le judaisme politique. Malgré sa haine envers les Slaves, Himmler ne peut qu’accepter : ne vient-il pas de donner son accord pour enrôler au sein de la Waffen SS des musulmans bosniaques ?

Dans les milieux ukrainiens, les avis sont partagés : les Nationalistes de Bandera sont farouchement opposés à ce projet ; ils pensent que les Ukrainiens ne feront que servir de chair à canon et n’aideront en rien leur cause. Du côté des collaborateurs, en revanche, on est enthousiasmé : le chef du Comité Central Ukrainien du Gouvernement Général (Pologne), le professeur Volodymyr Kubiiovych se trouve en effet mêlé au projet depuis qu’il a proposé, le 8 mars 1943, au Gouverneur-Géneral Hans Frank, de lever une force armée ukrainienne pour combattre les communistes. Le 28 avril 1943, Wächter rend le projet public. La nouvelle unité est baptisée « SS-Freiwilligen-Division « Galizien », nom impropre étant donné le caractère plus ukrainien que galicien de la division.

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 Le recrutement peut commencer dès le 1er mai. Le 4, Kubiiovych s’adresse à son tour à la population ukrainienne et lui demande de fournir massivement des volontaires à la division. Le recrutement connait un immense succès : dès le 8 mai 1943, 32.000 hommes se sont portés volontaires ! Le 3 juillet 1943, Gottlob Berger annonce que le total de volontaires est monté à 80.000. Seuls 13.000 hommes sont finalement retenus pour la division sur les 30.000 qui ont été acceptés.

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Des jeunes filles ukrainiennes rendent hommage aux volontaires ukrainiens.

Comment s’explique-t-il ? Rappelons que les Ukrainiens ont comme particularité d’avoir une grande cohésion nationale. Ces jeunes engagés sont principalement des étudiants et d’anciens dirigeants des formations militaires de la Première Guerre mondiale, qui s’estiment sans lien avec la Russie ou la Pologne. Tous voient en la « Galizien » une base potentielle pour la future armée ukrainienne qui, après la guerre, pourrait jouer un rôle décisif dans la formation d’un État ukrainien indépendant. Ils pensent qu’en s’engageant du côté du Reich, et qu’en luttant contre un ennemi commun, le prix du sang versé leur permettra d’accéder à un statut supérieur auprès du Reich. D’ailleurs, ces derniers n’hésitent pas à mettre en avant que les futurs volontaires lutteront en toute fraternité aux cotés de la première élite combattante au monde pour défendre leur patrie.

Soulignons que pour s’attirer les bonnes grâces des Ukrainiens, les Allemands font deux importantes concessions : il leur est promis que la grande unité ne sera exclusivement utilisée que pour combattre les bolchéviques, et le serment d’allégeance à Hitler est conditionnel. Enfin, des aumôniers catholiques et orthodoxes sont intégrés dans la formation, au sein de laquelle l’endoctrinement national-socialiste est moindre.

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La Formation

 L’instruction de base de l’unité va bon train et s’achève en septembre 1943. C’est à ce moment qu’elle prend officiellement le nom de SS-Freiwilligen Division « Galizien » et est envoyée parfaire sa formation au camp d’entrainement de Dębica, près de Cracovie, dans le Gouvernement général. Si l’encadrement est allemand, les personnels sont un mélange de Volksdeutsche d’Ukraine et d’Ukrainiens. La plus grande partie des volontaires provient des villes d’Ukraine occidentale (Ivano-Frankivsk, Ternopil et Lvov en particulier). Le 22 octobre, la division est rebatisée 14. Galizische SS-Freiwilligen-Infanterie-Division.

En novembre, son commandement, le SS-Gruppenführer Walter Schimana, laisse sa place au SS-Brigadeführer Fritz Freitag, chargé de parachever son entrainement avant de la conduire au front. Celui-ci montre un grand dédain vis-à-vis des volontaires ukrainiens et se montre d’une rigidité toute prussienne sur le plan militaire. Cependant, il se voit attribué la croix de chevalier le 30 septembre 1944 pour avoir sorti la division de la poche de Brody et apprendra à aimer le peuple Ukrainien en ayant un grand respect pour leur sacrifice et leur fidélité inébranlable.

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SS Ukrainiens au camp d’entrainement de Neuhammer en Silésie 1944.

 La bataille sanglante de Brody

 A la mi-février 1944, la grande unité reçoit l’ordre de mettre sur pied un groupement de combat de circonstance, la SS-Kampfgruppe ‘Beyersdorff’, chargé de lutter contre les partisans du secteur de Zamość, dans le sud-est de la Pologne. La préparation de la division est achevée à l’été 1944, et elle est envoyée sur les arrières de la Herresgruppe ‘Süd’ avant d’être rattachée à la I.Panzer-Armee.

 Prise dans la tourmente de l’offensive d’été soviétique déclenchée le 22 juin 1944 et qui balaie tout sur son passage, les SS ukrainiens combattent en juillet dans la poche de Brody, ou ils se distinguent héroïquement : les Soviétiques, se basant sur son inexpérience, font l’erreur de la considérer comme le point faible du front allemand. Ils y concentrent donc de puissantes forces et l’attaquent le 19 juillet. La division oppose une résistance farouche, et la ville de Pidhirtsy change plusieurs fois de mains avant de voir les Ukrainiens submergés sous le nombre, tandis qu’à Olesko, la division repousse une puissante attaque de chars avec fanatisme et détermination. Conservant son mordant, elle tente notamment de reprendre une partie de la position défensive Prinz-Eugen-Stellung. Alors que les lignes allemandes s’effondrent progressivement sur le front comme un château de cartes, les volontaires ukrainiens tiennent le choc frontal avec l’Armée Rouge et se font encerclés. Russes et Ukrainiens ne se font pas de quartiers : les SS savent qu’ils seront exécutés s’ils tombent aux mains de l’ennemi. Ils décident de lancer une charge héroïque comme lors des guerres napoléoniennes. Les courageux Ukrainiens se sacrifient pour permettre de briser la poche et de sauver plusieurs milliers de soldats allemands.

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Malgré une formation sommaire, les SS Ukrainiens se battront avec ténacité pour défendre leurs terres contre les Soviétiques.

 Le 23, la bataille de Bordy est terminée. La division, sur un total de 11.000 hommes en ligne avant le 14 juillet, seuls 3000 ont réussi à rejoindre les lignes allemandes dans les Carpates, 7000 ont été tués ou blessés et plus de 1000 sont portés disparus Ce derniers ont, pour la plupart, rejoint les rangs de l’Armée Nationale de Libération de l’Ukraine qui va continuer la lutte contre les Soviétiques et les Polonais jusqu’en 1954 !

Le 19 octobre 1944, le SS-Brigadeführer Fritz Freytag marque particulièrement, dans son ordre du jour, sa gratitude envers les personnels de sa division, sans distinction entre Allemands et Ukrainiens. Il remercie entre autres ses « sous-officiers et hommes qui se sont battus dans les journées difficiles de Brody, ou ils ont gardé la tête froide et l’esprit combattif, comme il sied à des soldats, créant ainsi la tradition de la 1er division ukrainienne ». Désormais, le commandeur s’oppose à toutes différences de traitement entre Allemands et Ukrainiens.

La division SS est rapatriée en Allemagne, à Neuhammer (Silésie), pour y être reconstituée. Le moral des Ukrainiens est chancelant après l’occupation de leurs pays par les Soviétiques. Ils vont devoir maintenant se battre pour une cause qui parait perdue et qui n’est surtout pas la leur, cependant ils feront preuve d’une fidélité sans faille aux deux éclairs d’argent.

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Affiche de propagande pour la division SS Ukrainienne.

 La rébellion slovaque

 A la fin du mois d’août 1944, une rébellion initiée par le ministre slovaque de la défense, le général Catlos, et menée par une partie de l’armée et par des partisans communistes, éclate dans la partie occidentale de la Slovaquie. Les insurgés, au nombre de 25.000 environ, sont aidés par quelques superviseurs soviétiques. Les allemands réagissent rapidement et expédient plusieurs Kampfgruppen et provenance de Bohême-Moravie et également la division « Galizien ». Éprouvant les pires difficultés a combattre les insurgés slovaques, elle arrive cependant à ses fins aux termes de combats urbains compliqués. Aussi, les dirigeants allemands font un geste peu coûteux en faveur des Ukrainiens en rebaptisant la division qui devient la 14.Waffen-Grenadier-Division der SS (Ukrainische Nr 1) le 12 novembre 1944. Mais les Allemands font l’erreur de vouloir rattacher les troupes ukrainiennes à l’armée de Vlassov ; le général Vlassov est en effet un Russe nationaliste peu enclin à accorder une quelconque autonomie, et encore moins l’indépendance, à l’Ukraine. De toute manière, tous ces projets arrivent bien trop tard : c’est en 1941, que les Allemands auraient dû mener une politique conciliante dans les pays occupés pour s’assurer leur collaboration. Qui sait alors si l’URSS n’aurait pas été vaincue ?

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Le 17 mai 1944, Heinrich Himmler vient assister a des entrainement des SS Ukrainiens.

 Combats en Slovénie

Par la suite la division est envoyée en Slovénie pour combattre les partisans de Tito. Ils sont envoyés sur le plateau de Menina, au nord de Ljubljana, c’est-à-dire à plus de 1000 km de Marburg. Après deux jours et demi d’efforts sur un terrain très difficile, les SS ukrainiens sont finalement rappelés et la mission annulée. Dix jours plus tard, la division reçoit l’ordre de nettoyer le plateau de Boskovec. Cette opération s’avère un échec, les partisans réussissant à glisser dans les mailles du filet. Cette guerre contre la guérilla yougoslave va se poursuivre sans plus de succès.

Au cours de la seconde quinzaine du mois de mars, la division réussit à encercler d’importantes troupes titistes dans le secteur de Kozjak. Mais le 20 mars, alors que le succès semble cette fois bien acquis, elle reçoit l’ordre de céder ses armes et tout son équipement à la 10.Fallschirmjäger-Division qui est alors en cours de constitution ! Cet ordre émane d’Adolf Hitler qui vient de s’apercevoir que la division ukrainienne est mieux équipée et plus fournie en matériel que n’importe quelle unité allemande. Fou de rage, le Führer a décidé de désarmer les Ukrainiens. Cet ordre est dramatique car les Soviétiques sont a seulement 40 km des positions tenues par la division. Le 21, Fritz Freitag gagne le QG d’Heinrich Himmler à Salzburg pour tenter de faire annuler cet ordre qui condamne sa division à un anéantissement certain. Les négociations traînent en longueur. Pendant ce temps, les Soviétiques progressent dangereusement en direction de Marburg et de Graz en Autriche. La division ukrainienne est chargée de défendre Marbug coûte que coûte. Le 28, l’ordre du Führer est finalement annulé. Le 30 mars, la division est renforcée par des volontaires hongrois et se prépare à son dernier grand combat pour le Reich.

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 Le dernier combat des Ukrainiens

Des premiers lumières de l’aube du 1er Avril 1945, les derniers volontaires ukrainiens se préparent à se lancer dans leur dernier grand assaut contre l’Armée Rouge. Leur objectif est d’enrayer l’avancée de la masse de Soviétiques qui entrent en Autriche en essayant de reprendre la petite ville de Bad Gleichenberg, la plupart savent qu’il s’agit d’une mission suicide et perdue d’avance, cependant tous auront en tête les millions de morts de l’Holodomor ou les massacres du NKVD en Ukraine.

L’attaque démarre bien. Les SS Ukrainiens arrivent à prendre le château de Gleichenberg mais son assaut sur la ville est partiellement repoussé par les Soviétiques. Ces derniers réagissent vigoureusement et la bataille pour prendre la ville devient féroce et les pertes deviennent très lourdes dans chaque camps. Les combats urbains se font au corps a corps et à la grenade, les officiers ukrainiens tombent comme des mouches en chargeant en première ligne à travers les ruelles sinueuses de la petite cité Autrichienne. Les combats deviennent statiques, toutes les tentatives des Soviétiques pour prendre la ville sont contrées par la vaillance des Ukrainiens. Il à noter que, malgré une propagande intensive diffusée par les Soviétiques au moyen de haut-parleurs et de tracts, seuls une dizaine d’ukrainiens déserteront le champ de bataille abandonnant lâchement leurs camarades. Les 25000 Ukrainiens, désormais combattants affirmés, tiendront quinze jours interminables la quasi-totalité de la ville. Le 15 Avril, les Soviétiques attaquent une nouvelle fois à l’aide de nouvelles unités fraîchement arrivées pour en finir avec la résistance Ukrainienne. Le centre des combats se déroule au niveau du château de Gleichenberg. Les Ukrainiens sont bousculés et pratiquement à court de munitions, ils n’ont plus aucun soutien de l’artillerie et se battent au corps a corps pour la défense du château. Profitant de la désorganisation des Soviétiques, les ukrainiens reçoivent l’ordre de faire une retraite vers l’Ouest. Une fois de plus, ils ont fait preuve d’une grande ténacité malgré un agresseur en surnombre.

Le gros de la division ukrainienne entame sa marche finale vers l’Ouest à partir du 7 mai à 11h00. Elle franchit la rivière Mur à Graz. Le 10 mai, elle subit ses dernières pertes lors d’une attaque soviétique aérienne.

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Fritz Freitag, dernier commandant des SS Ukrainiens.

Las et déprimé par la défaite qui s’annonce, le chef allemand de la division Ukrainienne Fritz Freitag réunit ses officiers ukrainiens autour de lui et les félicitent pour leurs combats a Brody et dans les terres du Reich. Il est émut, lui qui au début n’avait que du mépris pour les Ukrainiens a apprit à partager avec eux un amour pour leur culture et leur histoire. Fritz Freitag dit un dernier adieu a ses soldats ukrainiens, lève une dernière fois le bras droit et se tire une balle dans la tête. Les Ukrainiens enterreront leur chef allemand et lui rendant un dernier hommage.

La division ukrainienne dépose finalement les armes le 12 mai près de Radstadt. Pour éviter d’être livrés aux Soviétiques, les Ukrainiens prétendent être des Galiciens, donc des Polonais ! Ils sont ainsi sauvés de nla mort ou du Goulag par ce qu’ils ont toujours réfuté auprès des autorités allemandes. Ils sont alors internés au camp de Rimini, en Italie ou ils reçoivent le secours de l’archevêque Ivan Buchko, prélat ukrainien au Vatican, qui va intercéder en leur faveur auprès du pape Pie XII. L’intervention papale va définitivement sauver les SS ukrainiens. Ceux-ci sont finalement relâchés et reçoivent l’autorisation d’émigrer aux États-Unis et dans les pays du Commonwealth ou ils garderont la flamme de l’Ukraine allumée.

Source pour cet article :

  • Ligne de Front HS « Les Légions Maudites » 2012
  • Dictionnaire de la Waffen SS III – Heimdal 2014
  • Traductions d’Axis Forum

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Entretien avec Zénon Broublevski (vétéran de la division Galicie)

Source : Cercle des Amis de Léon Degrelle 19eme correspondance privée.

 Fer de lance de la Croisade Européenne contre le Bolchevisme, la 14eme division de grenadiers de la Waffen-SS est aussi celle qui reçu officiellement le privilège d’incorporer le clergé Gréco-catholique de Galicie en son sein. Nous avons obtenu un entretien exclusif de l’actuelle figure des anciens combattants de cette formation, Zénon Broublevski.

Zénon Broublevski, vous êtes un vétéran du combat Européen contre le Bolchévisme (1943-1945). Comment en êtes-vous arrivé à rejoindre la 14eme division de la Waffen-SS ?      

 Je suis né le 17 mars 1927 à Lviv. Fils d’un Fusilier de la Sitch. Et ma fierté est que, dès l’enfance mon père m’a inculpé l’amour de la mère patrie. J’ai terminé le collège une année avant 1939. A cette époque commença ce que l’on allait appeler la seconde guerre mondiale. Une partie de la Pologne se retrouva sous administration allemande, alors qu’une autre, avec notre chère Lviv, avec les « libérateurs » venus d’URSS. Les temps étaient devenus très durs, chaque matin, les habitants de Lviv se demandaient, qui, pendant la nuit, on avait arrêté ; qui avait-on amené en Sibérie. Mais le plus effrayant commença en 1941 avec la guerre entre l’Allemagne et l’URSS. Les troupes soviétiques quittèrent Lviv dans la débâcle. La population de Lviv se précipita alors pour ouvrir les prisons afin de sauver les internés, mais il n’y avait plus personne de vivant à l’intérieur. Tous ceux qui furent arrêtés par la police soviétique furent torturés à mort. Pas seulement tués mais bien torturés, torturés à mort ! Les cellules furent remplies de cadavres, rangés comme du bois de chauffage. Même parmi les plus grands gaillards des hommes, certains perdirent connaissance en voyant cela. On ne peut pas décrire cela, et ceux qui ont vu ces choses de leurs yeux, ne pourront jamais l’effacer de leur mémoire jusqu’à leur mort !

Se concrétisa un peu plus tard, la création de la « Division Galicie », qui devait combattre uniquement sur le front de l’Est. Ensemble avec mon frère aîné nous nous sommes engagés comme volontaires. Nous pensions, que nous pourrions arrêter la horde de l’Est, qu’il y aurait un embryon d’armée ukrainienne avec laquelle nous aurions pu créer dans l’avenir un État Ukrainien. Mais malheureusement cela ne s’est pas passé comme nous le souhaitions. Des 80.000 hommes souhaités, seul un peu plus de 11.000 ont été retenus pour la division. C’était un effectif vraiment petit pour tout mettre en œuvre. Pour les volontaires ce fut la première grande déception.

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Vous étiez le chauffeur de l’Obersturmbannführer Rembolovitch qui est mort en soldat, fusillé le 8 septembre 1950. Quelle fut votre parcours, quelle est votre vision de ce grand homme ?

 Après un passage à l’école des nouvelles recrues, je fus envoyé suivre des cours à l’auto-école de la division. Je l’ai terminé début 1944 et on m’intégra alors dans le Kampfgruppe Beyersdorf, sous le commandement du lieutenant-colonel Rembolovitch. Le but de cette unité était la chasse aux partisans communistes de Kovpak dans les Carpates (Sidir Kvpal était un des commandants du mouvement des partisans communistes en URSS). Nous étions environ 250 sous le commandement de Rembolovitch. Nous leur donnions du fil à retordre. Très mobiles, nous nous mettions sans répit en travers de la route des combattants de Kovpak. Pendant les quelques mois ou je fus en lutte contre les partisans, j’ai appris à connaitre un type extraordinaire qui fut également mon chef d’unité – le lieutenant-colonel Rembolovitch.

 Cet homme a combattu pour l’Ukraine de 1914 à 1950. On l’a arrêté après-guerre et il a été assassiné dans une prison moscovite. Si vous voulez plus de détails sur notre Chef je vous conseille de lire le livre biographique (seulement disponible en ukrainien) de Roman Koval « Yvan Rembolovitch – affaire n°7127 ». A mon humble avis, ce genre de personnes mériteraient amplement qu’un mémorial leur soit dédié !

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Réunion des anciens de la division SS Ukrainienne.

Vous avez été membre du Kampfgruppe Beyersdorf durant la bataille de Brody (juillet 1944). Pourrait-on à l’avenir obtenir la réhabilitation des combattants Européens de la Waffen-SS ?

 Fait prisonnier, j’ai terminé la guerre avec le grade de Rottenführer. Aujourd’hui, c’est regrettable, mais nous ne sommes pas reconnus à notre juste valeur, ni comme unité combattante. Personne au sein de l’Ukraine – ni les associations, ni les politiciens – n’ose évoquer notre cause. Jusqu’à présent nous n’avons eu droit à aucune reconnaissance de combattant, ni de pension. Nous ne combattions ni pour l’argent, ni pour les décorations, ni pour servir l’Allemagne mais uniquement pour l’Ukraine.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes militants nationalistes en Europe ?

Dans l’état dans lequel se trouvent nos pays, il est nécessaire d’avoir plus de patriotes et moins de politiciens. Pour les jeunes générations mon souhait est qu’ils soient intransigeants dans leur éthique patriote. Croire et faire tout ce qui est bon pour que leur nation soit forte et indépendante !

 

Commémoration en 2015 en hommage à tous les soldats qui se sont battus et se battent pour l’intégrité de l’Ukraine.


Réflexions & Libre Propos sur Louis Rougier et l’idéal helléniste

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Préfacé par Alain de Benoist, le livre du professeur Louis Rougier est un merveilleux ouvrage qui nous permet d’envisager le monde chrétien dans lequel nous survivons par rapport à l’abandon des hautes valeurs de la civilisation Grecque.

Le GRECE (groupe de recherche et d’études pour la civilisation européenne) avait édité en 1977 aux éditions Copernic, un d’ouvrage de l’auteur dont le titre ne pouvait qu’attirer l’attention : “Le conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique.”

Louis Rougier (1889-1982).

Professeur à l’université de Besançon, auteur de plus de quarante ouvrages, est à la fois : épistémologue, c’est-à-dire : critique des sciences de la formation et des conditions de la connaissance scientifique, logicien, philosophe, linguiste, constitutionnaliste, économiste, politologue et historien. La rigueur de ses écrits empêche toute dérive intellectuelle. Un discours et des faits suffisent à expliquer avec rigueur le sens des choses qui anime la Pensée, du pourquoi nous vivons dans des réflexions et des révolutions intellectuelles scientifiques, politiques et religieuses, et pour quelles raisons il ne peut en être autrement ! Travail rigoureux intelligible par tous, sans animosité, sans concession ni moquerie, détaché d’un esprit partisan, net et précis dans son discours telle la froideur chirurgicale d’un scalpel entaillant une plaie, pour reprendre cette image empruntée à Julius Evola. Louis Rougier est aussi passionnant et pertinent que Guy Rachet qui dans son livre intitulé “Les racines de notre Europe sont-elles chrétiennes et musulmanes” nous explique les raisons évidentes pour lesquelles il ne peut pas y avoir le moindre rapport ontologique (la connaissance de Dieu) La convergence intellectuelle entre les deux philosophes réside dans le fait qu’il ne peut pas y avoir le moindre accord entre le Christianisme primitif et la Grèce Hellénistique d’une part, pas plus qu’il n’y en a entre le Catholicisme et l’Islam d’autre part. Les deux comparaisons conceptuelles sont à l’image de l’huile et du vinaigre… Problèmes culturels, religieux autant que civilisationnels qui permet de situer dans un “no-mans-land” le monde chrétien primitif et la philosophie catholique qui en découlera par rapport à l’Hellénisme et l’Islam. Ces deux religions issues de l’Ancien Testament n’ont naturellement rien à voir avec les sources vives de la Tradition Européenne et plus précisément encore, avec l’Univers sacré et consacré de la Grèce Antique, de son essence comme de sa substance indo-européenne… Ces études comparatives prouvent que tout nous sépare des religions du “Livre”. D’ailleurs monsieur Guy Rachet aura tôt fait de démontrer que c’est par le savoir intellectuel polytechnique et la philosophie liée aux mythes gréco-latins que le catholicisme, évoluant vers sa maturité de pensée, dans une France   (pour ne parler que d’elle) profondément enracinée dans son paganisme polythéiste, a connu l’éclat rayonnant que le monde médiéval lui a façonné et forgé. Rappelons qu’il aura fallu entre Quatre et Cinq cents ans pour christianiser notre pays. Ce qui prouve l’attachement que portaient les gaulois et plus tard les gallo-romains aux anciennes croyances. Tout en sachant par ailleurs l’attachement spirituel que portent encore les gens dans certaines provinces, aux lieux dits, aux sources sacrées, aux guérisons liées à la petite magie de quelques sorciers encore bien inspirés par un savoir transmis de génération en génération de bouche à oreille et du souvenir encore vivace de certaines pratiques cultuelles aux odeurs de soufre et de bûchers… Bref, ces deux auteurs sont complémentaires et ils nous permettent de nous situer dans un univers religieux quelque peu baratté ! À savoir le fait que l’Islam est autant éloigné du catholicisme que le christianisme peut l’être de l’hellénisme et bien sûr de la Rome Impériale.

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Mais avant d’aller plus loin, revenons un temps sur le fils conducteur de la pensée de ce philosophe de génie, et donc de la compréhension toute personnelle de la politique de son temps. Les inspirations du Professeur Louis Rougier ne pouvaient pas être si éloignées de celles qu’entretenait le chef de l’État Français sous l’occupation. Elles l’amenèrent à se rapprocher de celles développées à Vichy lors de la deuxième guerre mondiale. Cela étant, il ne participera pas à la politique menée à l’époque, et vivra aux États-Unis pendant toute la durée des hostilités. Toutefois, cet anti-Gaulliste convaincu, sera naturellement pour la réhabilitation du Régime de Vichy et du Maréchal… Ce qui, d’une certaine manière, justifie la pensée profonde de l’auteur, mais aussi le fait qu’il soit peu connu du grand public…

Par l’intermédiaire d’Alain De Benoît, il influencera l’idéologie de la “Nouvelle Droite” pour ses études sur l’Hellénisme comparé au christianisme. Vision aristocratique contre raison universaliste… Visionnaire lucide de la hiérarchie de l’ordre et de la discipline dans une société réactualisée par un idéal aristocratique et différenciée, tournée cependant vers une rénovation du libéralisme. Le sujet peut être discuté dans la mesure où il s’agit d’une vision politique dans le cadre d’une société idéale.

 Der junge Held wird von Athena beschützt (Athena protects the young hero)  by Gustav Blaeser, 1854

Le discours de ce philosophe hors-norme nous permet de comprendre les raisons qui nous poussent irrésistiblement vers le paganisme. La justification du travail accompli par les anciens Grecs nous démontre toute l’ampleur de leur savoir et toute l’application de leurs travaux pratiques. Dès lors, nous ne pouvons plus souhaiter que de retourner dans l’“Île des Bienheureux”, la “Terre du Milieu” égarée dans les couloirs du temps telle l’image paradisiaque d’un idéal englouti comme l’Atlantide et sa capitale Poséidopolis que décrivait Platon dans “Timée” et “Critias”, et d’une société glorifiée comme la “République”…

 

À la lecture de ce texte, Il est loisible de comprendre ce qui nous différencie des autres religions et des autres peuples dans la mesure où nous prenons acte de cette différenciation majeure où harmonie et esthétique ne font qu’un. Il est alors normal de chercher à copier l’idée de pureté, d’intelligence et de savoir original, afin de rebâtir toujours ce qui ne peut, hélas, rester éternel. Et tels que l’imaginaient les Anciens, les dieux servaient les hommes et le cosmos dans une recherche perpétuelle d’un équilibre dont est issue la création elle-même. Les hommes recevaient dès lors l’investiture que leur octroyaient les Dieux ; et les Dieux garantissaient une sécurité et un salut en harmonie avec le Cosmos.

C’est cette poussée verticale, cette rigueur de droiture particulière, métaphysique ; cette tension vigoureuse et pure qui oblige l’univers Indo-européen à justifier son action face à la Création issue de la volonté du Pouvoir Absolu Divin. Car les Dieux eux-mêmes s’incarnent au gré de la Création en marche afin de rectifier les déviances et les imperfections par la force et l’intelligence toujours associées… C’est d’ailleurs ainsi que le métallurgiste Héphaïstos, en brisant comme un œuf le crâne de Zeus permettra à la superbe Pallas Athéna armée de naître de l’intelligence et d’exprimer à son tour le savoir et la technique… Le Monde païen est toujours en devenir alors que celui des trois religions monothéistes issues du Livre est figé, tourné irrésistiblement vers les croyances en un monde meilleur, traduit par une image idéale d’un Paradis promis aux gentils par-delà le Ciel et la Terre, et pour le monde chrétien d’une parousie sans laquelle le Monde ne pourra jamais retrouver la “Sion Éternelle” et l’image de la “Jérusalem Céleste”… Pourtant nous verrons que l’hellénisme et le catholicisme ont un point en commun: la recherche de la perfection. Ainsi le christianisme ne pouvant rester éternellement sur ses acquis, devra s’adapter aux circonstances de son temps et aux évolutions de la pensée… Nous comprenons soudain, pourquoi rien ne peut être figé, et pourquoi nous sommes toujours en quête d’idéal, en quête de beauté, en quête d’Amour, de justice et de pureté car tout cela traduit une recherche intime profondément ancrée en nous, dans nos gênes, notre sang, notre ADN, comme un acquis depuis toujours, comme une matrice porteuse d’un savoir depuis l’aube du temps, aux racines profondes de notre civilisation Européenne Occidentale.

Ainsi par l’étude comparative du Professeur Rougier, nous comprenons les raisons définitives qui nous séparent des religions du “Livre” et pourquoi il ne peut y avoir aucun raisonnement commun, aucun point d’entente !

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Pamphlet sans appel sur l’obscurantisme chrétien :

Le christianisme se veut intolérant contre tout ce qui n’est pas lui ou son semblable, sa vocation est de convertir la Terre entière… Religion prosélyte qui parfois, par son intransigeance, obligeait de gré ou de force à convertir les païens et les athées. Ce sont par les résolutions de Saint Bernard de Clairvaux pour la France et Hildegarde Von Binden pour l’Allemagne, que les deux têtes pensantes et dogmatiques de la chrétienté firent en sorte que le papisme déclare la guerre sainte contre les Albigeois et le Catharisme, (entre autres)… Mais en revanche, c’est par le baptême de Clovis que les Francs firent la France… Et cela fait partie du paradoxe de ce pays… Enfin, l’univers religieux des chrétiens réside dans l’idée du péché originel et d’une rédemption des âmes par la parousie ou le martyre, le royaume de Dieu n’étant pas de ce monde… Le monde vit dans le péché et la terre se vit déjà comme un purgatoire à l’image d’un Saint Louis, ce bon Roi de France dont la rédemption se paie du châtiment et de la punition par le martyre permanent et l’auto-sacrifice, vivant la condamnation et la culpabilité perpétuelle, toujours dans le besoin de se purifier des imperfections humaines afin de pouvoir se rapprocher de l’Esprit de son Dieu. Religion du martyre vécue comme une bénédiction. Le combat permanent de la vertu contre le vice. La charité étant aussi une vertu digne de tout éloge contre la bonne fortune des nantis… un regard humain plus qu’humain de miséricorde. La contrition, la charité, la pauvreté et la misère comme seuls biens personnels contre la noblesse arrogante des biens-nés…, aux jours ultimes de la “Révélation” du Jugement Dernier de l’“apocalypse”, les derniers ne seront-ils pas les premiers ?… Ainsi, il en va du repentir contre tout acte violent et les sept péchés capitaux comme clef de voûte de la “Faute originelle”, sauf pour les combattants de la foi galvanisés par la triple couronne du pape et de “son éternel blancheur de pureté”! D’ailleurs, il sera commandé à Saint Bernard de Clairvaux un manifeste qu’il écrira à l’intention du nouvel ordre monastique et guerrier des Chevaliers du Temple. Œuvre sans concession sur l’engagement de la noblesse à combattre au nom du Christ contre l’infidèle, jusqu’à la mort et dans le dénuement absolu. Le traité est sans appel. Exemple : « Que la guerre menace, ils se bardent alors intérieurement de foi et extérieurement de fer – et non pas d’or. Armés, et non pas ornés, c’est la crainte qu’ils suscitent chez l’ennemi, et non la cupidité… Ils se préoccupent du combat, non de l’apparat ; ils pensent à la victoire et non à la gloire, ils se soucient de semer la terreur plutôt que l’admiration… » (traduction du latin par P.Y.Emery frère de Taizé)

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En revanche, la religion de la Grèce antique règne sur un savoir et une description du monde et de l’Univers qui, par ses collèges et ses maîtres à penser, permet en permanence de se modifier, de se transformer et de s’améliorer… C’est une religion du savoir et de l’intelligence qui a un regard attentif sur tout ce qui vit et existe dans le ciel comme sur la terre. Tout s’explique et répond à la logique, aux exigences d’un pouvoir divin et à l’intelligence qui y est associée. L’Univers et la Création sont à l’image d’une horlogerie céleste. Cette perfection se nomme “Cosmos” — l’Ordre — une perfection inégalée dont la Cité doit être à l’image, en tout point parfaite. La vie sur terre y est vécue comme une chance formidable de se rapprocher des Puissances Terrestres et Célestes qui nous entoure. Le Monde est Divin, il est palpable, riche et plein de mystères… Les Dieux vivent dans les cinq éléments de la nature, dieu de l’air et du vent, dieu de la mer, dieu du ciel éthéré, dieu dionysiaque de la terre, et dieu souterrain… entre le feu du Ciel et celui de l’Enfer…

La Romanité, baignée des mêmes dieux antiques que ses voisins grecs laissent, dans une ouverture large d’esprit, le peuple choisir ses croyances. Rome est curieuse. Les philosophes pensent, s’interrogent et comparent tel un Tacite découvrant la religion des germains dont les dieux semblent collés aux équivalences de ceux de l’Empire. Rome laisse développer les idées novatrices et les religions importées dans la République. Les doutes s’installent à l’image d’un Cicéron… La pensée est libre. L’erreur sera fatale pour l’Empire qui jouait avec la perfection et jouissait d’un savoir débordant.

Trois idées qui ne peuvent que rencontrer leurs limites… Mais une chose est certaine si la Rome de l’Imperium tombe sous le charme de la nouvelle secte religieuse, la Grèce elle, ne peut être que l’initiatrice d’une culture, d’un art, d’une discipline et d’une intelligence qui seront toujours remises au goût du jour. Pour les besoins et la raison que nécessite la cause.

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Alors qu’une certitude se dégage à la lecture de l’œuvre de Louis Rougier plusieurs questions nous interpellent. Que faire et penser de presque mille cinq ans d’hégémonie catholique ? Que doit-on penser de Clovis et de ces Rois catholiques qui ont fait la France ? Peut-on être Nationaliste et païen à la fois?

Louis Rougier nous rappelle que les chrétiens de la première heure n’ont rien à voir avec les arrangements philosophiques, psychologiques et humains du catholicisme du Moyen-Âge… Une dérive intellectuelle a amené l’élite pensante de cette jeune religion à s’accommoder avec le peuple, sa culture, ses traditions et coutumes ainsi qu’à sa géographie sacrée. Les chrétiens puis les catholiques ne se sont pas installés aussi aisément qu’il n’y paraît. Il aura, tout de même, fallu un demi-millénaire pour imposer dogmes et lois. Aussi, dans la mesure où nous partageons mille cinq cents ans d’Histoire commune avec le christianisme, il serait stupide et mensonger d’affirmer que nous n’avons reçu aucune influence ! La notion du péché originel ou individuel, les repentances et les sensations de culpabilité en sont une preuve flagrante, tout comme par ailleurs ce regard manichéen entre le bien et le mal et les règles stricts des faisceaux de la Justice divine. Ces approches sulfureuses ont longuement été traitées par Nietzsche. Mais au-delà de cela, il y a avant tout une œuvre chrétienne considérable dont l’importance a fini par nous faire oublier les grands orateurs Grecs et Romains. En effet, la religion catholique et les premiers rois chrétiens nous ont transmis par la grâce des moines, des prélats et légats de la papauté une recomposition métaphysique et spirituelle du Monde. La France “fille aînée” de l’Église et l’Europe médiévale, en créant les ordres monastiques et militaires de la Chevalerie, reconstruisent le régime féodal des castes, et la fonction tripartite près-chrétienne entretenue par l’esprit hellénistique et romain. Le travail incessant des scribes et des enlumineurs, la quête d’érudition des monastères des différents ordres, le grec et le latin, les “Saintes Écritures”, la Bible de Saint Louis, les histoires tel que “Beowulf”, les récits de conquêtes, les contes aventureux du Saint Graal du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde, le roman de la Rose, la chanson de geste, les traductions et les études relatives à la compréhension des religions païennes et de leurs rites, telle que la traduction de l’“Edda” par Snorri Sturlusson, de Platon à Aristote en passant par les canons de beauté du Nombre d’Or et de la Section Dorée, de Pythagore à Vitruve en passant par les mesures de la canne de l’architecte des cathédrales. Notre Europe médiévale est celle des maîtres bâtisseurs, parsemée de lieux de prières et de cultes, chapelles, églises, abbayes, monastères, cathédrales, prieurés, etc. Toute l’intelligence de l’Europe se tourne désormais vers la nouvelle religion qui laisse percevoir une richesse haute en couleur, littérature, musique, art, peinture, sculpture, architecture, tout va de concert afin de donner le meilleur de soi pour la félicité de cette religion et du royaume qui gouverne. Le printemps des cathédrales carillonne déjà son l’Âge d’Or.

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Alors la question se pose : Peut-on détruire ces mil cinq cents ans d’Histoire commune qui ont débouché sur une aventure humaine et nationale, et qui se nomme la France ? Sans Clovis et les rois de France qui se succèdent, ce pays que nous chérissons tous et qui est nôtre, tant par le sang versé de nos pères que dans la misère et la gloire, serait-il ce qu’il est ? Nous ne pouvons rien répudier car ceci est notre héritage dans sa totalité non divisible !

Donc, sans entrer plus avant dans le détail, nous ne pouvons ignorer l’influence qu’a eu le christianisme et la royauté, pas plus par ailleurs que la Révolution Française et le communisme rampant qui en a découlé… Cependant, les Dieux anciens ne seront morts que le jour où toute l’Histoire de l’Humanité sera balayée de la surface de monde.

Alors, dans un contexte politique particulier comme celui que nous vivons actuellement, peut-on encore se proclamer païen ? N’est-ce pas une utopie ? Qu’est-ce donc “être païen”? Vivre son paganisme au XXIᵉ siècle quand le monde se déchire entre l’Islam conquérant et le catholicisme chancelant pour parler du papisme servile et décadent, qu’est-ce que cela veut-il bien dire ? Comment se situer face à l’adversité. Face à une Israël dominante et jalouse au travers de son valet américain jouant la carte douteuse d’un impérialisme devenu aussi bête que moribond, aux tentations hégémoniques et destructrices, par ses élites et ses sbires à la solde qui tentent de nous imposer un Islam digne de l’obscurantisme des premiers chrétiens, et peut-être aussi la mort programmée de l’homme libre ?

Tout d’abord, il faut faire table rase de tout un tas de concepts et d’idées reçues depuis l’aube du christianisme. Nous devons retourner aux sources même de la vie, revenir aux racines proto-historiques de notre Histoire commune, à cette sensibilité particulière que ressentaient les anciens peuples d’Europe Occidentale, par ses connaissances ésotériques, son savoir métaphysique au travers desquelles l’homme se mettait en harmonie avec la Nature nourricière, au diapason de l’espace et du temps, à la contemplation de l’univers et la notion d’appartenance à un territoire sacré sur lequel évoluait sa nation, sa tribu, son clan. Nous ne sommes pas le fruit du hasard, la création ne pourrait l’admettre. Tout est loi de causalité, cause et effet ne sont que le développement naturel de la création en marche. Le comprendre et l’accepter c’est déjà faire un grand pas pour la libération de l’individu face au bourrage de crâne collectif que nous subissons !

Certes, il y aura toujours de faux prophètes, et des marchands de rêves pour consoler et trahir l’esprit d’un paganisme détaché des fantaisies “magico-lunaires” sur la base d’un ésotérisme de pacotilles brûlant tant les cerveaux bien nés que les esprits faibles. L’ésotérisme a toujours excité les appétits. Aussi, il vrai par ailleurs, que l’insondable nous amène toujours à des spéculations religieuses, philosophiques et ésotériques. Le Monde et Notre Univers sont tellement extraordinaires qu’il paraît indiscutable que quelque chose, quelque part, s’est tramé à l’aube du Temps et que la Création, comme une conséquence d’un acte primordial, en a découlé.

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Cela étant dit, les Traditions gréco-latine, celte, gauloise, scandinave et germanique nous ont laissé des traces et des directions de recherches qui ont permis à la science et à l’archéologie, à la théologie, à l’Histoire et naturellement à la religion d’envisager l’univers des indo-européens d’avant le christianisme comme la marque indélébile d’un savoir universel axé sur l’homme dans son milieu hospitalier et ses contingences dans ses rapports particuliers qu’il entretenait avec la ou les Puissances qu’il nomma très vite “Dieu”. La référence est mystique, car aucun homme bien entendu n’aurait pu créer de ses propres mains et de ses propres cogitations le milieu dans lequel il évolue. L’homme par nature est prométhéen. Son Esprit est celui d’un dieu, son intelligence est celle d’un titan et il a mis toute sa raison afin de s’adapter à son milieu sous l’égide bienveillante des dieux. Aussi, afin de mieux se rapprocher de l’acte et de la pensée qui sont à la base de la Création proprement dite, fallait-il concevoir cet acte pur comme l’expression généreuse d’une Nature majeure bonne et vertueuse aux pouvoirs infinis et sans limite. L’homme n’était soudain plus seul perdu dans l’espace incommensurable, mais l’homme trouvait définitivement sa place dans l’organigramme de la vie, dans l’échelle de valeur se situant entre Terre et Ciel, là, non point perdu dans l’univers, mais défini spécifiquement dans un espace sacré, providentiel, où tout y abonde à profusion. Un “Paradis” béni par les “Puissances” par qui nous sommes mus ! Les hommes, depuis les âges les plus reculés de l’Histoire du Monde ont toujours eu le nez planté dans les étoiles, et le Soleil comme la Lune et Vénus ont toujours étaient présents afin de les rassurer et de les réchauffer, de jour comme de nuit. La protection comme la crainte venait du Ciel. La meilleure preuve que l’on puisse donner de cette vénération toujours présente dans les religions les plus diverses est peut-être celle de l’Islam, à la Mecque où une petite météorite séjourne dans le pseudo mystère de la « Kaa’ba ». Cette pierre noircie par le péché des hommes que les fidèles vont chaque année de pèlerinage toucher du bout des doigts… Idolâtrie mystique et religieuse d’un phénomène naturel qui semble à bien des égards baigné d’un paganisme bien éloigné de l’Islam…

Revenons aux bases, Louis Rougier nous enseigne que le christianisme n’est pas une religion spontanée apparut en un claquement de doigts dans l’Europe mais qu’elle a dû convaincre et s’affirmer sur quelque cinq cents ans d’Histoire commune. Autant dire que la religion de premiers chrétiens a dû combattre les anciens dogmes et superstitions afin de prendre le pouvoir spirituel sur l’ensemble des territoires de la vaste Europe.

Le christianisme se présentait comme la religion des pauvres et de la plèbe alors qu’à son contraire Rome et Athènes rêvaient de gloire, d’ordre, de hiérarchie et d’aristocratie. Louis Rougier conclut même par une phrase qui tombe comme le couperet du bourreau : « En profitant des lois d’une société organisée et en refusant de se soumettre aux charges qu’elles imposaient, les chrétiens parurent aux conservateurs de l’Empire comme les bolcheviks de l’antiquité.» fin de citation.

Univers de paradoxes, le catholicisme s’affirmant comme religion hégémonique dans l’Europe Occidentale, unifie par la force des armes et de ses convictions le monde barbare et païen. Les empires, les royaumes et les principautés, les ethnies et les peuples acquis pourtant des siècles immémoriaux aux religions issues plus ou moins d’un chamanisme particulier et vivace, se tournent et se plient toutes et tous au diktat de la religion montante. On oublie alors les anciens dieux pour vénérer la figure d’un christ à la fois moribond et rayonnant.

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Ce qui est toutefois mystérieux dans cet abandon des anciennes croyances c’est de découvrir, en quelques siècles, une homogénéité linguistique grâce au latin. L’Europe des rois et des princes de sang, par l’intermédiaire de ses vicaires, va enfin pouvoir communiquer oralement… Il est vrai aussi que l’Imperium et la “Pax Romana” avaient largement contribué au développement de cette avancée linguistique. En revanche, cette religion monothéiste venue du Moyen-Orient n’aurait pas dû pouvoir s’imposer durablement comme un concurrent direct aux anciens dieux du polythéisme européen. Mais, dégagés de tout scrupule et prosélyte, les vicaires peuvent se prévaloir d’avoir mis tous les peuples d’Europe à genou et sur un même pied d’égalité, du moins pour quelques siècles avant les premières Réformes… Malgré tout, le catholicisme aura eu le temps de mettre en place un système qui conduira les empereurs et les rois à faire et défaire les alliances de sang par les héritiers des couronnes de cette Europe naissante et déjà en pleine transformation. L’Histoire de l’Occident chrétien ne faisait que suivre son cours en tentant souvent d’unifier les peuples européens par les alliances de sang princier… La politique des prélats et des évêques prenait le pas sur les religions des ancêtres afin de mieux dominer et asservir les peuples et les souverains. Mais cela devait naturellement aboutir à des discordes et des jalousies de puissants et de régnants auxquelles ils ne pouvaient rien, malgré toute la diplomatie des religieux afin de faire perdurer une forme de Pax Romana…

 

Cependant, les tentations sont grandes : anti-papisme, anti-cléricalisme, et tout simplement anti-chrétiens, les dérives sectaires ne manquent pas…     Alors, c’est le temps obscur des chasses aux sorcières, des abjurations et des bûchers de l’Inquisition, malgré les guerres internes que se font ceux qui revendiquent la tiare papale au sein même du pouvoir religieux… Pourtant les racines du paganisme sont toujours présentes tant par les lieux vénérés telles que les forêts, les rivières, les montagnes, que par les sources sacrées… L’extermination des derniers païens par Charlemagne en son temps, et par les chevaliers teutoniques et porte-glaives aux confins de l’Empire toujours plus à l’Est, la guerre contre les albigeois hérétiques et les tortures qui en découlèrent pour les faire abjurer, le démantèlement de l’Ordre du Temple après deux siècles de suprématie et le martyre aux bûchers par l’inquisition papiste des derniers grands maîtres de l’Ordre, ont été autant de déclencheurs de révoltes contre ce pouvoir sacerdotal en place, égoïste, manichéen et vengeur. L’Italie connaîtra elle aussi un sursaut d’honneur par la voie impériale et gibeline qui tentera vainement de contrecarrer l’hégémonie papiste des guelfes. Ce qui déclenchera des guerres de religion à répétition qui déboucheront vers des avatars réformistes des protestants calvinistes et luthériens et pour les Britanniques qui ne font jamais rien comme l’Europe à l’anglicanisme… Ce qui débouchera sur la guerre de trente ans pour aboutir à la pleine Renaissance et du renouveau de la science et des découvertes. Il en sera fini de la politique d’obscurantisme et de l’hégémonie sans partage de cette religion et de son ésotérisme médiéval.

Mais dans le sein même du catholicisme, rien n’est simple non plus, car sous le règne contestable de Charles VII et de la très sainte Jeanne D’Arc, on ne dénombrera pas moins de trois papes qui revendiqueront la paternité de la tiare du Vicaire de Dieu…

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Pourtant, les Croisades semblaient avoir démembrées toute la vieille noblesse d’Europe par ces guerres hégémoniques à répétition en Terres dites “Saintes”. Les papes avaient tout misé dans cette affaire qui impliquait tous les royaumes d’Europe que comptait alors la chrétienté. On se débarrassait en envoyant sans vergogne toute la noblesse de l’Occident chrétien se faire tuer pour le Christ et la Croix. Tout cela semblait naturel puisque cette religion issue de l’Ancien Testament avait trouvé ses sources spirituelles ancrées dans la religion du dieu unique Yahvé créé à la mesure des juifs. Après tout Jésus de Nazareth, d’après Matthieu dans les Évangiles, était juif et rabbin, fils du Roi David, fils de la lignée de Juda par Abraham, fils de Jéchonias et de trois fois quatorze générations, et puisque la Jérusalem Céleste avait son écho sur Terre autant envoyer la noble chevalerie se faire fracasser sur place pour la bonne cause…

Ainsi, Louis Rougier précise que si le mode des anciens grecs fait de la Terre le lieu idéal de l’épanouissement de la Création, et donc de l’espace providentiel où s’exerce le pouvoir des Dieux, le monde chrétien en fait un lieu de séjour de l’homme coupable vivant dans la repentance du péché originel, ce qui vaut son lot de prières, de confessions, de sacrifices et naturellement de pénitences… C’est un amour masochiste de vivre coupable et dans la repentance, religion du martyre et de douleurs consenties dans l’acte de la foi qui attend le candidat au vœu monastique. « Frère, il faut mourir. » Les chrétiens sont condamnés parce que tout être est coupable et donc, la vie sur Terre doit être vécue dans la repentance du péché en attendant la parousie et la rédemption d’un envoyé de Dieu, le Messie nommé Jésus-Christ. Bref, dans leur vision respective du monde tout les sépare de la jouissance providentielle de la vie !

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Cette culpabilité n’existait pas dans les religions archaïques, et notamment chez les Grecs. L’Univers c’est le Cosmos. Le Cosmos est ordre et mise en ordre du Monde. Après le dur combat qui oppose Zeus à Typhon, le Monde prend forme et s’organise. Les anciens grecs ne feront que mesurer, peser, calculer et disserter sur le sujet afin de délimiter l’Espace de jeu de cette grande civilisation. La Terre est un espace sacré et, tel que l’a démontré magistralement monsieur Jean Richer dans sa “Géographie sacrée du monde Grec” comme dans la “Géographie sacrée du monde Romain”, rien n’avait été laissé au hasard. Tout devait prendre forme en conformité avec le savoir issu du raisonnement, de l’observation, et de la Science Divine dont découlent la Nature et son environnement. Les arbres et les animaux étaient dédiés aux dieux, les pierres sacrées et les lieux consacrés. Les trois règnes : minéral, végétal et animal étaient représentés. Les monnaies étaient frappées aux effigies des dieux saint patrons de chaque cité disposée elle-même dans la division du zodiaque dont l’axe solaire immuable était l’Omphalos de Delphes, la ville d’Apollon. Même les boucliers des hoplites étaient en conformité avec l’imagerie symbolique du bestiaire de cet idéal providentiel, la terre des Dieux respirait la pureté et la beauté de la Création… Tout était fait pour vivre en harmonie avec la Terre sanctifiée et le Ciel vénéré. L’homme était un dieu vivant marchant dans l’ordre du Monde. Les philosophes et les maîtres à penser, de Platon à Aristote…, ne feront que décrire et décrypter le Monde en expliquant par des théorèmes et des théories la raison des Dieux et le pouvoir de l’homme dans son environnement sacré afin d’affirmer que la Terre, Notre Mère, est bien la résidence et le séjour des hommes bien nés et des Dieux. Tout est ordre, l’architecture et ses lois universelles ne sont que l’expression de l’amour qu’ils portent à la vie et aux dieux qui les protègent. Tout est sacré, la mère et l’enfant, la cité qui est gardienne de l’ordre et de la sérénité. Tout est beauté qui s’exprime dans les formes sculpturales de l’art comme un rappel permanent de l’idéal. L’homme et la nature sous toutes ces formes sont sacralisés.

Le Nombre d’or et la section dorée, le ratio d’or, les volumes et les mathématiques, la géométrie et l’algèbre, l’art de l’écriture, le théâtre et la musique, les jeux où s’affrontent les athlètes, les dissertations sur le pourquoi des choses et les histoires de marins et de guerriers, de l’acte du héros aux mythes rappelant toujours le principe viril de la création par la victoire de l’homme divinisé par l’inspiration des dieux contre les forces obscures et ténébreuses, tel est le monde exaltant de cet univers parfait qui trouve le diapason de son harmonie. Non, les descendants hyperboréens ne sont pas des hommes soumis et condamnés, ils ne sont pas martyres d’une faute qu’ils n’ont pas commise et ne sont pas souillés d’un quelconque péché originel. Le Grec, le Romain est un homme libre, fier, courageux qui se rend toujours digne des valeurs que la Nation, le pays charnel, et la Cité lui octroient de par sa naissance. Il sait qu’il doit tout à la communauté et qu’il doit tout faire pour la sauver. Il est l’unité indivisible d’un tout : “un, le tout” “ε υ τό πάυ”. Nous sommes ici dans l’attitude de l’homme qui se tient droit, non voûté et repentant par la faute et l’égarement, et si la Cité est primordiale aux yeux du monde grec, c’est qu’elle est mesurée par des calculs issus de l’observation de la Nature et donc aussi de la maîtrise de la performance. Rien n’est laissé au hasard et à la chance afin que l’Ordre du Cosmos soit reproduit par l’expression même de la vie dans ce lieu providentiel où s’exprime le destin et la volonté d’un potentiel devenir. C’est la Civilisation ! Sinon, c’est le monde des barbares, mais de toutes les façons pour le Grec qu’importe que ce dernier soit athée ou mécréant puisqu’il n’est pas de la Cité !

Par contre, du monde chrétien et de son devenir il n’en est rien de comparable, et l’accession au royaume de Dieu ne peut se faire que par le renoncement, la crainte, le péché, la peur de la tentation, la diabolisation, la prière et la confession, la culpabilité permanente et seule la rédemption des âmes pécheresses permettra d’accéder au porte du Paradis afin de trouver place à la droite de Dieu le Père tout puissant… Une fois encore le Royaume du Seigneur n’est pas de ce monde. Ce monde est illusion mortelle et mortifère alors que le Royaume de Dieu nous assure d’une vie éternelle et angélique…

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Deux éthiques de vie, deux religions que tout oppose !

Toutefois, la religion chrétienne s’est maintenue et même devenue hégémonique en Occident. C’est la religion de nos parents ! Mais pour sortir d’une austérité dogmatique telle que se présentait le christianisme primitif, il aura fallu faire quand même quelques concessions. Et dès que les mâchoires de l’étau se desserrent les nouveaux dogmes font leur apparition. Cela commence peut-être par ce pape de l’an mil, Gerbert d’Aurillac nommé Sylvestre II, amateur éclairé des mathématiques, de l’alchimie et de la transmigration des âmes. Puis, la Renaissance, Copernic et Léonard de Vinci, ce besoin immodéré de comprendre, d’expliquer et de découvrir le Monde et ses intrigues, la soif de savoir, les grandes découvertes… Louis XIV dans sa splendeur aristocratique et son insatiable goût de la culture et des arts, ses envies et ses besoins immodérés de grandeur et de fastes qui firent de la France le joyaux que l’on connaît, le phare rayonnant, le gnomon de l’Occident, le soleil de l’Europe. Son appétit pour la science, le besoin de savoir, le choix maîtrisé de son entourage, l’intelligence, enfin, tout ce qui fit la grandeur de Rome et la pertinence de la Grèce retrouvait un sens que le grand monarque imposait à l’Église sans jamais la contrarier… Puis se fût le temps des Lumières et des encyclopédistes qui aboutirent comme on le sait à la Révolution Française et au Jacobinisme…

Ainsi, le clergé a dû sans cesse relâcher son étreinte pour survivre et toujours se remettre en question et cela depuis le temps où il a fallu transiger avec les rois et les empereurs. Marché de dupes ou stratégies politiciennes, les papes et les rois avaient besoin l’un de l’autre pour se partager le pouvoir et la domination. Bref, tout cela redonnait du baume au cœur, du bleu au Ciel et de la beauté au Monde. Une alchimie était en train de s’imposer par la philosophie et le travail incessant des moines et de leurs éruditions. Ajoutons encore à cela, que le christianisme primitif n’a jamais cessé de s’adapter au paganisme par des compromissions et des falsifications, en calquant les fêtes carillonnées du calendrier Grégorien à celui des fêtes païennes de la vieille Europe. Coïncidences ? Sûrement pas ! Ainsi la Sainte Brigitte, la fête de la Licorne et de Imbolc pour les celtes tombe le même jour que celui de la naissance de la Sainte Vierge… Le Christ lui-même naît un 24 décembre pendant les fêtes du solstice qui marque le début de l’hiver… Les deux fêtes de la Saint Jean tombent le jour même des solstices d’hiver du “sol invictus”, et du soleil estival au Zénith de l’année ; les feux de joie qui les accompagnent, gardent le titre de feux de la “Saint Jean”… Feux solaires qui ne sont pas sans rappeler l’art rupestre des ancêtres de la proto-histoire dans leurs vénérations astrales, car ils avaient dessiné et peint leur bestiaire divin sur les parois de la Grotte de Lascaux, dont notamment le fameux grand bison rouge qui trône au fond de la galerie et qui flamboyait dans le bain solaire des derniers rayons du couchant du Solstice d’Été, instant magique et félicité, glorification de l’astre de lumière… Les équinoxes sont marqués par les fêtes pascales qui célèbrent le printemps et le renouveau de la nature, le jour précis de la pleine lune, Ostara en est la fête celte et cela correspond, dans le temps solaire, à la clarté du jour égale à l’obscurité de la nuit. Cette même fête glorifie le Soleil se levant éternellement à l’Est comme un miracle de la nature toujours renouvelé, tout comme son couché à l’Ouest dans l’espoir d’un jour nouveau… L’équinoxe d’Automne se vit dédier la naissance de Matthieu, premier des évangélistes marquant ainsi la fin de l’été… Et enfin, La Samain, qui chez les chrétiens se nomme la Toussaint, la fête de tous les Saints, dans le calendrier celtique c’est également une commémoration de la mort, et de hiver qui approche, c’est pour les irlandais la fête de la fin de l’année, les récoltes sont faites et c’est le temps où la terre va durcir et s’endormir dans le froid hivernal… Bref, le temps est marqué irrésistiblement par la religion tout comme d’ailleurs les écrits liturgiques, les Évangiles, les bréviaires et les missels…

Mais il faut dire aussi que le christianisme s’adapte aux anciennes croyances, les fleuves sacrés et les sources miraculeuses, les lieux de pèlerinages tels que la forêt druidique des Carnutes va bientôt donner place à la merveille des merveilles de l’ésotérisme chrétien qui n’est autre que la cathédrale de Chartres. Ainsi les hauts lieux druidiques de la Gaule celtique préservé autrefois par l’Imperium disparaissent au profit de la nouvelle religion qui s’affirme. Les collines sacrées comme le mont Mars entre autres qui prendra le nom de “mont des martyres” sous la Commune, et de Mont Martre pour accueillir la basilique du “Sacré Cœur”…

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Les terres de la Gaule et de l’Europe pré-chrétienne sont rebaptisées, sanctifiées, exorcisées et transformées pour la plus grande gloire du Christ Sauveur. Ainsi, la population conservera les mêmes lieux de culte tout en mélangeant secrètement le mystère des origines de leur foi et les miracles du lieu providentiel. Mieux encore le clergé fera ériger des églises et autres lieux de prières sur tous les lieux consacrés aux anciens rites païens.

Il faut dire encore que l’Église de Pierre adopta l’esprit des Sages de la Grèce hellénistique et plus encore la langue latine comme véhicule de leur pensée et de leur rite. Marquant par ce fait important toute la différence que l’on découvrira par la suite dans le rapport qu’ils auront avec le judaïsme et les juifs coupables de leur choix devant Ponce Pilate et déicides convaincus. Le divorce est donc consommé entre les deux religions de la Bible et bientôt déjà, un autre avatar de l’Ancien Testament s’invitera au travers de l’Islam ; cette nouvelle religion conquérante se verra stoppée aux portes de Saint Jean d’Acre…, et sera repoussée d’Occident par les sursauts patriotiques et civilisationnels d’un Charles Martel, ou encore d’un certain Rodrigo Diaz de Bivar, “El Cid Compeador”…

 

Le schisme entre circoncis et incirconcis, entre Ancien et Nouveau Testament va permettre au catholicisme de s’émanciper et de prendre véritablement son envol par sa capacité d’adaptation aux vieilles traditions de l’Europe païenne. Le travail acharné des moines et la perpétuelle remise en question de la pensée religieuse va déboucher sur une théologie personnalisée qui s’adaptera parfaitement à l’Occident. La Chrétienté continuera à combattre et pourchasser l’infidèle tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du territoire, cassant définitivement les vieux démons du paganisme.

Néanmoins, cette histoire sent le soufre ! Car, ayant, arrangé, détourné et tripatouillé l’idéal religieux des premiers chrétiens mortifères, le Moyen-Âge a fourni par son intermédiaire une toute autre image que celle de cette secte nauséeuse et macabre. Le catholicisme a redonné au travers de nos rois le premier esprit d’une Europe unifiée et une acceptation qui, même par la force, a pu s’entretenir avec l’ensemble des peuples.

Il n’en demeure pas moins que nous sommes concernés par ce que le christianisme a apporté. En bien comme en mal, tout cela est marqué dans l’Histoire de notre peuple de manière irréfutable.

L’ésotérisme chrétien a transformé la soumission de nos ancêtres en un vaste champ de possibilité spirituelle. Le Saint Graal, Excalibur et la Lance de Longinus, le roi Artus, les chevaliers de la tables ronde, Parsifal, Lohengrin, les ordres monastiques, l’ordre du Temple, les Cathares, les Teutoniques, les chevaliers du Porte-Glaive, l’Ordre du Saint Sépulcre, Dante Alighieri et l’esprit Impérial gibelin, Chrétien de Troyes et la quête, Saint Louis et la Royauté, Jeanne d’Arc Fille de France, ne peuvent nous être étrangers, tout cela bien évidemment nous parle ! Il en va aussi Frédéric II d’Hohenstaufen ou de Frédéric Barbe-rousse…

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Enfin, pour conclure nous pourrions dire que nous revendiquons ce qui a fait de nous les païens que nous sommes aujourd’hui sans reniement. La Terre de nos Ancêtres et leur Croyance. Notre pays natal. Notre bocage. Notre plaine. Notre montagne. Notre mer. Notre forêt. Notre culture hellénistique. L’Empire de Rome et la République de Platon. L’Imperium et la Pax Romana. Athènes et Sparte. L’Empereur et le Roi. L’occident et l’Europe. Celte. Gaulois. Latin. Germain. Scandinave. Le polythéisme et ses particularités. Le christianisme et le paganisme. Les menhirs et les cathédrales. Le Christ roi, Zeus ou Tiwaz. Jupiter et Cuchulain. Nos vies, nos familles et nos progénitures sont le sang vivifiant qui circule dans nos veines depuis l’aube des temps sans discontinuer ! C’est ce même sang qui a nourri la terre sur laquelle nous évoluons. L’Esprit réel de la terre des aïeux. L’appartenance à un Sol et à un Peuple. Notre Pays sacré et béni autrefois par les dieux antiques est lieu de la Providence. Cet Espace n’est pas neutre, il est la propriété des Ancêtres parce que le sang et la terre ne font qu’un. Le Christ a offert son sang à sa religion comme nos Ancêtres ont offert le leur dans le sacrifice pour garantir la survie de l’Espèce sur sa terre de prédilection. La voie du salut de l’Humanité Occidentale passe par la foi que nous portons en nous-même. Il est des intentions prométhéennes et des aspirations à aller toujours plus loin, les uns à la rencontre du progrès et de la science et les autres à la rencontre de Dieu ou des Puissances sorties du néant qui ont créé cette immensité maintenant mesurable que l’on appelle l’Univers. L’Occident dans sa sagesse relative a compris qu’il importait peu de savoir qui était le plus adroit entre Zeus et Jésus. Ce que nous devons retenir de tout cela, c’est qu’il y a complémentarité entre les deux formes religieuses et que pour un païen ou un catholique, une chose est sûre : Une forme supérieure est à la source vive du Cosmos.

Et si du Néant Absolu est né l’Univers, alors le Néant porte bien mal son nom. Celui-ci contiendrait donc toutes les possibilités. Omniscient et bien au-delà de toutes inspirations, il se révélerait sans cesse dans sa propre création…

Alors que la physique quantique nous révèle de nouvelles perspectives comment ne pas s’interroger sur l’Être et son devenir dans le souvenir sauvegardé de la foi en ce qui est en tout point supérieur! Nous ne sommes plus ni chrétiens ni païens, mais en revanche, car il faut bien une revanche, chaque homme et chaque femme d’Occident porte en lui la somme et le poids de toute l’Histoire de notre Civilisation et de son devenir.

En conclusion, ce patrimoine nous appartient, profondément ancré en nous. Le paysage de nos provinces et de nos cités ne sont que le reflet de ce que nous sommes tels que le suggéraient les Grecs ! Libre ensuite à chacun d’aller à la rencontre des Puissances et des Dieux, du Christ ou des prototypes divins qui montrèrent la voie d’un chamanisme opératif…

Par son acte suicidaire, peut-être que Dominique Venner a tenté de nous redonner la voie et un sens à tout cela. Revenant sur l’un des lieux les plus chargés de l’Histoire de France, peut-être y a-t-il vu le retour à notre principe premier, notre tradition païenne dans ce lieu de culte rebaptisé par les envoyés de Saint Pierre ? Toujours est-il que le lieu est tout un symbole. Que celui-ci est à l’image de la France, au cœur même de la Cité, sur l’axe de la “ligne rouge” du méridien de Paris cher à la société secrète du “Brouillard”, gnomon de notre pays aux grandeurs déchues, de l’arrogance de nos rois, et de la fierté d’être ce que nous avons toujours été… Le peuple indéracinable des Gaules de l’Europe orgueilleuse qui se doit de demeurer Impériale.

Texte original de C.R. pour la communauté National Social Radical.

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Lovecraft, gentleman sudiste

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Avec Edger Alan Poe et Jean Ray, Howard Philipe Lovecraft est l’un des maîtres à pen­ser du fantastique contemporain. Déjà créateur de mythes et d’imageries sulfureuses, il semblerait, à en croire l’imposante biographie que Lyon Sprague de Camp vient de lui consacrer, que les idée et les convictions de l’auteur de Dé­mons et Merveilles suffiraient à le classer parmi les écrivains mau­dits.

Howard Philips Lovecraft voit le jour le 20 août 1890, dans la maison pa­ternelle de Providence, en Nou­velle-Angleterre. Fils d’une longue lignée anglo-saxonne, il est le pre­mier de la famille à naître américain. Pourtant, il revendiquera sa vie durant son appartenance à la couronne britannique. Regardant un monument érigé en l’honneur des premiers colons morts pour l’indépendance, il s’écriera: « Que périssent ainsi tous les traîtres et tous les ennemis de sa majesté Georges ! »

Mais revenons à Lovecraft en­fant. De constitution fragile, élevé par un père que l’on dit atteint de syphilis, et une mère qui finira aliénée mentale, il se révèle très vite un lecteur frénétique.

A cinq ans, il dévore Les mille et une nuits, et tombe amoureux de l’islam médiéval. Puis il se prend de passion pour la civilisa­tion hellénique. Il professe alors un paganisme militant qui ne le quittera jamais, et applaudit aux fauves qui se repaissent de chré­tiens dans les arènes de la Rome antique. Il n’a que six ans lorsqu’il se met à versifier, et à correspondre avec sa mère par poèmes in­terposés.

En fait, il a dès son plus jeune âge fixé une bonne fois pour toutes ce que sera sa vie. Il sera un gentleman, un œil rivé sur l’An­gleterre de Shakespeare, l’autre sur le grand Sud aristocratique. Défenseur acharné du Ku Klux­ Klan, ce groupe de nobles sudistes, malheureusement diffamé, qui a sauvé au moins la moitié de notre pays de la destruction, admirateur de Spengler, l’auteur du Déclin de l’Occident, Lovecraft se laisse sé­duire par les apologistes de la race aryenne et se définit comme ra­ciste. Il aura sur le peuple noir ces quelques mots peu amènes : « Quand il y a bien longtemps, les dieux créèrent la Terre, à la belle image divine, l’homme fut modelé à sa naissance. Les bêtes furent en­suite créées à l’autre bout de l’échelle ; mais elles étaient trop éloignées de l’humanité. Pour combler l’intervalle et relier le reste à l’homme, les hôtes de l’Olympe conçurent alors un plan habile. Ils façonnèrent une bête, d’une appa­rence semi humaine, la remplirent de tous les vices, et nommèrent la chose un *[Noiraud]*. »

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Si aujourd’hui le propos semble excentrique et choquant, dans le Sud encore humilié par la défaite de la Confédération, il était mon­naie courante. Le *[Noiraud]*, comme le Juif d’ailleurs, était assimilé à l’envahisseur yankee, à la civilisation industrielle et mercantile qui ne pouvait que faire horreur aux gentlemen du vieux Sud.

Ce Nord tant haï, Lovecraft en fait la connaissance lors d’un voyage à New York, et découvre « une rocaille indescriptible […] une vermine à tête de roi qui vous inju­rie quand on n’achète rien et qui fait étalage de sa mauvaise humeur dans des dialectes si miséricordieu­sement hachés que les hommes blancs restent dans l’incapacité de les comprendre ».

Tout antisémite qu’il fût, Love­craft ne fit jamais secret des nombreux amis juifs qui composaient la grande partie de ses amis intimes. Il parraina le poète Samuel Loveman à l’Union des journa­listes amateurs, et devait déclarer : « Juif ou pas, je suis plutôt fier d’avoir été son parrain, sa facilité d’expression ainsi que son éduca­tion classique et antique, le placent au premier rang. Loveman ? Un resplendissant païen de race juive ! »

S’il fallait définir politiquement cet admirateur d’Hitler et de Mus­solini, il faudrait chercher du côté de ceux qui plaidaient pour un fascisme social. Considérant le socialisme comme inéluctable, il voyait dans le fascisme la seule voie convenable à toute civilisa­tion digne de ce nom. Déçu par Hitler, et revenant sur ses ou­trances passées, il devait se faire plus sage vers la fin de sa vie,et se contenter de militer pour le prési­dent Roosevelt.

A en croire l’auteur de cette brillante biographie, Lyon Spra­gue de Camp, Lovecraft ne fut pas un cas particulier, ou une quelconque sorte de monstre politique, mais tout simplement le produit d’un univers, du monde sudiste déchu, fait d’aristocrates désen­chantés, rêvant solitaires à leur gloire passée, inadaptés chroni­ques voulant retarder la marche du temps qui les conduisait inexo­rablement à un monde où ils n’avaient plus place.

Lovecraft s’était réfugié dans un univers qu’il avait créé de toutes pièces, où cohabitaient grands an­ciens et divinités oubliées, à la li­sière de l’Olympe et du Walhalla, entre le grand islam et la Grèce antique. Sa vie fut un défi constant à l’Amérique moderne : loyaliste à la couronne anglaise avec la mé­lancolie et la misère comme seules compagnes.

Il devait s’éteindre le 15 mars 1937. Et son ami Paul Cook de dire, en forme d’oraison funèbre : « L’un des seuls vrais gentlemen, et l’un des amis les plus dévoués que j’aie connus. »

Nicolas Gauthier,

Lyon Spra­gue de Camp, HP Love­craft, Le roman de sa vie, Éditions Néo, 100 F.

Source : Nicolas Gauthier, « Maître de- la littérature fantastique Lovecraft, qui n’aimait ni les *[Noirauds]* ni les juifs, ni les chrétiens », Le Choc du mois, juin 1988, pp. 64.

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Une civilisation menacée

Lovecraft connaissait les travaux du théoricien conservateur allemand Oswald Spengler. Les thèses pessimistes de ce dernier concernant la décadence de l’Ouest moderne ont jeté les bases de la vision globalement passéiste de Lovecraft ; on retrouve par exemple l’idée d’un délabrement cyclique dans Les Montagnes hallucinées. Dans son livre intitulé H. P. Lovecraft: The Decline of the West, S. T. Joshi met en lumière le rôle prépondérant qu’a joué Spengler dans la formation de la pensée politique et philosophique de Lovecraft. Lovecraft écrit d’ailleurs en 1927 à Clark Ashton Smith : « C’est ma conviction et ce l’était déjà bien avant que Spengler n’appose le sceau de la preuve académique sur ce point, que notre ère mécanique et industrielle est une ère tout à fait décadente. »

Lovecraft se frotte fréquemment à l’idée selon laquelle la civilisation se bat contre des éléments plus barbares et plus primitifs qu’elle. Dans certaines histoires, cette lutte se fait à un niveau individuel et la plupart de ses protagonistes, même s’ils sont cultivés, sont corrompus par une influence obscure et effrayante.

Dans de telles histoires, la « malédiction » est souvent héréditaire, soit à cause d’une ascendance non humaine (Faits concernant feu Arthur Jermyn (1920), Le Cauchemar d’Innsmouth (1931)) soit à cause d’une influence magique (L’Affaire Charles Dexter Ward (1927)). L’avilissement physique et mental vont souvent de pair et ce thème du « sang corrompu » fait peut-être écho à la propre histoire de la famille de l’écrivain, en particulier à la mort de son père.

Dans d’autres récits, c’est toute la société qui est menacée par une entité barbare. Parfois, il s’agit d’une menace externe concernant une race réduite à néant par la guerre (Polaris) ; d’autre fois encore, c’est seulement un petit groupe d’humains qui tombe dans la décadence et qui régresse (La Peur qui rôde). La plupart du temps, de tels récits concernent des mondes civilisés qui sont graduellement détruits par une plèbe maligne manipulée par des forces inhumaines.

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Race, ethnie et classe

Lovecraft vit à un moment où l’eugénisme, l’anticatholicisme, le nativisme, la ségrégation raciale et les lois sur le métissage sont répandus aux États-Unis et dans les pays protestants d’Europe ; ses écrits font écho à cet environnement social et intellectuel. Dans ses travaux, il associe couramment la vertu, l’intellect, la civilisation et la rationalité à la classe dominante WASP. À l’opposé, les personnages appartenant à la classe ouvrière ou qui ne sont pas WASP sont souvent idiots, malfaisants et corrompus.

L’idée d’ethnie ressort plus que celle de race chez Lovecraft car il admire surtout les Anglo-Saxons, pas les Blancs en général. Les descendants d’Européens non anglo-saxons sont fréquemment dénigrés dans son œuvre, notamment les immigrants hollandais arrivant dans les Catskill Mountains « qui correspondent tout à fait à l’aspect décadent des white trash du Sud »

La distinction de classes nous renseigne autant que le reste sur la vision du monde de Lovecraft. Dans Air frais, le narrateur parle avec beaucoup de dédain de ses voisins hispaniques mais respecte et admire l’aristocrate Dr. Muñoz.

S. T. Joshi note que l’ « on ne peut pas nier la réalité du racisme de Lovecraft ni simplement se contenter de le qualifier de typique « pour son époque » car il apparaît que l’auteur avait un point de vue très prononcé sur la chose. Il est par ailleurs inepte de nier l’influence de son racisme sur son œuvre ». Comme le remarque très justement William Schnabel, Lovecraft a toujours été raciste dans sa vie privée ; sa volumineuse correspondance témoigne de l’ampleur de sa haine raciale. Aussi embrassait-il plusieurs idéologies qui lui ont permis de justifier ses croyances : le teutonisme, l’anglo-saxonisme, le nativisme et, ne l’oublions pas, le fascisme. En revanche, selon Frank Belknap Long, ami fidèle de Lovecraft, sa haine raciale fut purement et simplement une question de rhétorique.

[Quoi qu’il en soit, selon la biographie de L. Sprague de Camp, Lovecraft modère grandement ses propos vers la fin de sa vie, au moment où il se met à voyager et à rencontrer des gens issus de milieux divers. Il explique que Lovecraft est horrifié par les violences antisémites dans l’Allemagne des années 1930 qui étaient selon lui irrationnelles. Sprague de Camp ajoute que Lovecraft aime choquer les personnes qu’il considère comme lui étant intellectuellement inférieures en énonçant le plus brutalement possible les idées les plus offensantes ; son racisme viendrait en partie de là.[réf. nécessaire]]

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Dans une de ses lettres, Lovecraft se montre à la fois explicite et candide à l’égard de son racisme. Il écrit à propos des juifs :

 « La masse des Juifs contemporains est sans espoir, du moins en ce qui concerne l’Amérique. Ils sont le produit d’un sang étranger et sont les héritiers d’idéaux, de pulsions et d’émotions étrangers qui excluent pour de bon leur totale assimilation… De notre côté, il y a une répugnance à nous faire frissonner quand il s’agit de la plupart des races sémites… Ainsi, où que le Juif errant erre, il devra se satisfaire de sa propre société jusqu’à ce qu’il disparaisse ou qu’il soit balayé par une explosion soudaine due à notre détestation pour lui. Je me suis déjà senti capable d’en massacrer une vingtaine ou deux dans les bouchons du métro de New York. »

 Dans L’Appel de Cthulhu, il parle d’un groupe de prisonniers métis qui vénèrent Cthulhu :

 « …tous les prisonniers avaient démontré leur appartenance à une espèce bâtarde, vile et mentalement aberrante. Ils étaient pour la plupart marins, une aspersion de *[Noirauds]* et de mulâtres en provenance des Caraïbes ou du Cap-Vert qui offrait une teinte vaudou au culte. Cependant, avant que bien des questions ne soient posées, il devint apparent qu’il y avait quelque chose de plus profond et plus vieux que du fétichisme *[Noiraud]*. Aussi avilies et ignorantes qu’elles étaient, ces créatures s’accrochaient avec une ténacité surprenante à l’idée centrale de leur foi répugnante. »

 Dans une lettre datant du 23 janvier 1920 :

 « Pour l’homme évolué (l’apex de l’évolution organique sur Terre) quel type de réflexion est plus appropriée que celui qui occupe seulement ses facultés les plus élevées et qui lui sont le plus exclusives ? Le Sauvage primaire ou le singe ne se contentent de chercher leurs semblables dans leur forêt natale ; l’Aryen exalté devrait lever les yeux vers les mondes astraux et penser à sa relation avec l’infini !!! »

 Dans Herbert West, réanimateur, Lovecraft décrit un Afro-Américain qui vient de décéder :

 « Il était répugnant, une chose qui ressemblait à un gorille avec des bras anormalement longs que je ne pouvais m’empêcher d’appeler « pattes de devant » et un visage qui évoquait les secrets indicibles du Congo et le martèlement des tam-tams sous une lune sinistre. Le corps devait être encore pire vivant, mais le monde recèle tant de choses hideuses. »

Lovecraft